La tragédie de Mégantic est éminemment locale. Les disparitions, la décontamination, la reconstruction sont autant d'épreuves qui affectent cette communauté de quelques milliers d'âmes.

François Cardinal LA PRESSE

En revanche, les problèmes de sécurité ferroviaire que cet accident met au jour sont indéniablement nationaux. La réponse doit donc être nationale.

Dans les jours suivant le drame, certains maires ont réagi sur le coup de l'émotion en exigeant des modifications sur leur territoire. Puis ils ont choisi de faire front commun, mardi, avec l'intention de «forcer la main» au fédéral pour qu'il resserre la sécurité ferroviaire.

C'est la chose à faire. Car peu importe si les municipalités de la Montérégie et de l'Estrie ont droit, ou pas, d'exiger la déviation d'un chemin de fer, elles protègeront mieux leurs citoyens en faisant pression sur Ottawa qu'en agissant au cas par cas, avec des résultats incertains.

Le déraillement du train fantôme de Mégantic est peut-être la faute de la Montreal, Maine&Atlantic. Il a peut-être été causé par une erreur humaine, aggravé par l'état du réseau ferroviaire, provoqué par l'incendie de la veille ou l'intervention des pompiers.

Mais peu importe ce que diront les enquêtes, ce qui est clair, c'est que l'industrie ferroviaire est entrée de plain-pied dans le XXIe siècle grâce à d'importants changements... qui n'ont malheureusement pas été suivis d'une évolution technologique et réglementaire suffisante.

Les convois ferroviaires sont plus longs et lourds. Ils transportent plus de matières dangereuses. Les wagons-citernes sont plus nombreux. Les trains sont conduits par moins d'employés. Et pourtant, la réglementation n'a pas suivi.

On peut penser aux obligations liées à l'entretien et à la solidité des voies, aux difficultés de freiner manuellement un train pour un équipage réduit ou encore, aux opérations ferroviaires menées par une seule personne.

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Le Canada est loin d'être le seul pays à permettre à un individu de conduire un train seul, mais ailleurs, que ce soit au Danemark, en Suède, en Grande-Bretagne, en France ou en Italie, les entreprises sont obligées de compenser en se dotant de moyens de défense technologiques contre les erreurs humaines.

Pas ici. Il n'existe aucun système de commande intégrale des trains (PTC) au pays, selon le Bureau de la sécurité des transports. Même si on débat du recours à une telle technologie en Amérique du Nord depuis 1969! Même si elle deviendra obligatoire aux États-Unis dès 2015 (les entreprises accusent du retard).

La visite de Lisa Raitt à Lac-Mégantic, hier, deux jours après sa prestation de serment à titre de ministre des Transports, est une bonne chose. Mais au-delà de la réponse immédiate aux problèmes locaux, il est troublant que ni elle, ni son prédécesseur n'aient encore annoncé de révision de la réglementation relative au transport des matières dangereuses.

Aux municipalités de faire pression pour que cela survienne.

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