La démission de Michael Applebaum laisse un vide au conseil municipal. Mais un vide, somme toute, relatif...

Il est certainement désolant de voir le maire de la métropole se faire arrêter et démissionner dans la honte. Il est humiliant de lire tous ces textes sur «Montréal-la-corrompue» dans la presse étrangère. Et il est insultant d'avoir fait confiance à un élu aujourd'hui accusé de fraude et de complot.

Mais n'exagérons pas l'ampleur de la crise: Michael Applebaum n'était pas tant un maire en exercice que le représentant le plus visible de l'administration de coalition. Sa démission n'a donc pas la gravité qu'avait celle de son prédécesseur, Gérald Tremblay.

Ce dernier, en effet, était le maître à bord. Choisi par son parti, élu par les Montréalais, il était le premier magistrat de la métropole. Mais le jour où il a quitté l'hôtel de ville, le pouvoir qu'il détenait a été transféré à l'ensemble des conseillers municipaux, qui ont choisi de former une coalition puis de coopter un des leurs à sa tête.

Or cette coalition, qui dirige Montréal depuis novembre dernier, tient toujours, preuve de l'importance relative du départ de M. Applebaum. Elle continue de gérer la Ville, de compléter les dossiers en cours, de s'assurer de la bonne gouvernance de Montréal, avec en outre beaucoup plus de transparence qu'il n'y en a eu en 20 ans à l'hôtel de ville.

On s'entend, la nomination d'un deuxième maire par intérim en quelques mois est loin d'être une bonne nouvelle. Elle montre tout le chemin à parcourir pour relancer Montréal. L'erreur a été de croire que la transition vers l'élection générale serait le commencement d'un renouveau, alors qu'il s'agit plutôt de la fin d'un régime.

L'important, maintenant, est de ramener une certaine stabilité à l'hôtel de ville. Et donc, de tirer un trait, enfin, sur les années troubles d'Union Montréal...

En ce sens, Mme Harel et M. Bergeron ont raison d'exiger que le prochain maire par intérim provienne d'un arrondissement qui n'a reçu aucune visite de l'UPAC. Cela va de soi. Mais plus encore, on peut se demander s'il ne serait pas plus prudent de coopter un élu qui n'est pas issu de cet ancien parti, et ce, malgré les qualités évidentes d'Alan DeSousa, Helen Fotopoulos et Harout Chitilian, qui remplit avec brio le rôle de président du conseil municipal.

Il s'agit certes d'une question d'étiquette, mais aussi de symbole et... de rupture.

Le nettoyage est en cours à l'hôtel de ville, malgré les apparences. Les règles sont en train de changer, les façons de faire aussi. Il importe maintenant de poursuivre sur cette lancée sans effusion partisane en dissipant les derniers relents de l'ancien régime.

Les Montréalais sont échaudés, frustrés, en colère. La démission de Michael Applebaum est l'occasion de commencer à tourner la page.