Il est de plus en plus difficile de se porter à la défense des élus municipaux. Surtout lorsque les maires des plus grandes villes sont cueillis par la police au petit matin comme de vulgaires bandits.

Et pourtant, la confiance étant le ciment de la démocratie, on n'a d'autres choix que de se faire violence, de faire la part des choses, et de diriger notre colère uniquement contre ceux qui la méritent, non pas contre l'ensemble des conseillers municipaux.

Or voilà précisément ce que font ceux qui exigent la mise sous tutelle de Montréal: sous prétexte d'accusations portées contre Michael Applebaum, ils demandent d'assujettir la ville et ainsi, de suspendre les pouvoirs de tous les élus montréalais. Peu importe leur bilan, leur droiture, leur parti.

La tutelle étant l'équivalent d'un «tous pourris» institutionnel, elle était nécessaire à Laval, où l'élection même de l'ensemble des conseillers est mise en question par une affaire de financement illégal, mais elle n'a pas sa place à Montréal.

Les 14 accusations portées contre M. Applebaum sont graves. Elles l'obligent à démissionner. Mais elles n'éclaboussent que son ancien arrondissement, pas le conseil municipal, qui n'est d'ailleurs plus sous la coupe de son ancien parti, Union Montréal.

En outre, rappelons que la légitimité de l'«intérimaire» ne tenait pas à son élection au suffrage universel ou à son autorité sur un parti majoritaire, mais bien à son élection par le conseil municipal, dont il n'était qu'un instrument.

Doit-on remettre en question le jugement des élus parce qu'ils ont porté au pouvoir un homme aujourd'hui accusé d'avoir touché des milliers de dollars en pots de vin? Pas plus qu'il ne faut jeter de pierres à tous les Montréalais qui ont cru en lui, qui ont même envisagé de l'appuyer s'il se présentait en novembre.

M. Applebaum a juré être sans reproches, a promis de faire le ménage, a exigé que les bandits remboursent l'argent volé et a même créé une escouade «de protection de l'intégrité municipale». Seul Michael Applebaum sait ce qui se passait dans la tête de Michael Applebaum quand il a décidé de se lancer à la mairie, balai en main. Mais les Montréalais, eux, ont vu le balai. Et ils y ont cru en grand nombre.

Aujourd'hui, ils sont clairement déçus, pour ne pas dire dégoûtés. Les frasques alléguées de M. Applebaum minent l'image de Montréal à l'étranger, mais elles plombent surtout la confiance de ceux à qui il en restait. Elles exacerbent le cynisme. Et elles entachent tous les membres de l'administration de coalition, auxquels on songe hélas à imposer un «observateur» malgré tout le bon travail qu'ils ont accompli jusqu'ici.

L'arrestation de M. Applebaum est désolante, voire affligeante. Mais ce n'est pas une raison pour tirer la métropole encore plus bas en lui retirant ce qu'elle a de plus précieux: sa démocratie, sans laquelle les citoyens ne peuvent se gouverner.