Les jeunes sont apathiques, apolitiques, désintéressés de la chose publique. Et donc, ils ne votent pas...

Bien difficile, avouons-le, de véhiculer un tel mythe aujourd'hui. La jeunesse connaît une période d'effervescence intellectuelle qui rappelle les années référendaires. On l'a vu avec les débats, la mobilisation et les manifestations récentes, et on le voit, aussi, avec tous ces groupes de réflexion qui investissent l'espace public au nom de la génération Y.

Partout, des jeunes qui se lèvent pour exiger que les dirigeants prennent des décisions pour le bien commun. Qui demandent qu'on cesse d'hypothéquer l'avenir des générations futures. Qui s'engagent dans des causes sociales, humanitaires, écologistes, etc..

Mais voilà, ce phénomène évolue en bonne partie en dehors de la sphère et des partis politiques et donc, du processus électoral. D'où la très faible participation aux élections (36% en 2008, comparativement à un taux global de 57%). D'où la difficulté, aussi, de prédire une hausse de la participation mardi.

«La démocratie ne se limite pas qu'aux votes, résumaient deux jeunes citoyens dans Le Devoir, il y a quelques jours. Pour nous, la politique et la démocratie sont au coeur de nos préoccupations. Tellement, en fait, qu'aux prochaines élections, nous n'irons pas voter.»

Une belle formule, qui occulte toutefois les conséquences de cette abstention, de cette douce résignation. Clamer que les élus sont «tous pourris», en effet, est aussi faux de que d'affirmer que «voter ne sert à rien» ...

En témoigne la dernière élection fédérale. Si tous les jeunes étaient allés voter, a calculé la firme Ekos, entre 20 et 30 sièges auraient basculé. Et les conservateurs, par le fait même, auraient eu beaucoup de difficulté à remporter une majorité.

Même scénario au Québec, cette année. Le PQ vogue vers la victoire, mais pourrait fort bien former un gouvernement minoritaire, si l'on se fie aux enquêtes d'opinion. Le vote des 18-24 ans, qui favorise le parti de Pauline Marois dans les sondages, pourrait donc, là encore, faire la différence.

Vrai, le vote de tel jeune ne changera rien à l'issue des élections, comme on l'entend trop souvent. Mais le vote des jeunes, lui, peut changer le cours des choses.

Hélas, en évitant de se déplacer pour voter, les moins de 24 ans renforcent les idées reçues qu'ils sont les premiers à combattre: leur individualisme, leur cynisme, leur indolence. Ils laissent les autres imposer les sujets à l'ordre du jour. Ils donnent aux partis prompts à les ignorer de bonnes raisons de le faire.

Vrai, les jeunes peuvent avoir l'impression que le gouvernement Charest n'a pas entendu leur appel au cours de la dernière année. Vrai, aussi, que le débat sur les droits de scolarité n'a pas pris beaucoup de place lors des élections. Mais pour que cela change, pour que leurs préoccupations mobilisent autant que celles de leurs aînés qui votent en masse, les jeunes auraient tout intérêt à se faire nombreux aux urnes, cette fois.