Un peu plus chaque année, le gouvernement Harper fait le vide autour de lui. Il abolit les instruments par lesquels s'exprime la dissidence. Il supprime les vivres aux organisations qui le contredisent. Il éloigne du pouvoir l'«axe du mal» que forment scientifiques, écologistes et représentants de la société civile.

Bref, il élimine un à un les contre-pouvoirs qui font obstacle à sa détermination, portant ainsi atteinte à l'un des fondements de la démocratie représentative.

On s'attarde beaucoup, ces jours-ci, à l'épaisseur du projet de loi C-38 qui constitue, avec ses 421 pages, un abus de démocratie parlementaire évident. Mais plus grave est l'abus de démocratie - tout court - auquel les Canadiens sont témoins sans broncher depuis la prise de pouvoir des conservateurs, en 2006.

La démocratie représentative, il est vrai, s'appuie sur la légitimité d'un gouvernement élu par et pour le peuple. Mais elle ne se fonde pas uniquement sur ce gouvernement, plutôt sur un ensemble de pouvoirs et de contre-pouvoirs qui limitent l'absolutisme de ce dernier.

La démocratie s'appuie ainsi sur un gouvernement légitime, sur une opposition qui l'est tout autant, mais aussi sur un ensemble d'instruments de surveillance, d'évaluation, de vérification, de recommandations, de vigilance et de dissidence qui obligent les élus à prendre des décisions en tenant compte de tous les citoyens, pas seulement de ceux qui les ont portés au pouvoir.

Or voilà précisément ce que suppriment les troupes de Stephen Harper depuis maintenant six ans, une opération d'éradication à laquelle participe le bill C-38. Peu de contre-pouvoirs échappent ainsi au couperet idéologique.

Les institutions gouvernementales sont les premières visées, elles qui ont pour mandat d'éclairer la prise de décision. Pensons à la Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie qui sera mise à mort, au Conseil national du bien-être social qui sera aboli ou encore, à l'Office national de l'énergie dont le gouvernement pourra dorénavant casser les décisions.

Les scientifiques aussi font les frais de cette nouvelle noirceur. Quand ils ne sont pas muselés, ils sont ignorés ou remerciés. Pensons à toutes ces décisions prises contre l'avis des chercheurs, aux compressions imposées aux ministères scientifiques ou à l'abandon d'organisme comme l'Institut de la statistique des Premières nations et de programmes comme ceux du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie.

Les acteurs et organisations représentant la société civile ne sont pas en reste. Les groupes écolos sont traqués comme des criminels, la participation aux consultations publiques est contrée et les vivres des organisations (féministes, internationales, etc.) sont coupés dès lors qu'elles ne partagent pas le credo conservateur.

On s'entend, aucun parti au pouvoir n'a financé et toléré ces organisations de gaité de coeur. Tous les gouvernements ont goûté à leur médecine. Mais tous ont choisi de s'accommoder de leur présence, sachant que l'inverse revient à nier la démocratie.