Il est faux de dire que les universités n'ont pas de comptes à rendre: elles en ont trop. Une situation qui mine la saine gestion dont elles sont censées faire preuve au moment précis où l'on compte renflouer leurs coffres.

Contrairement au discours ambiant, en effet, les universités de la province ne sont pas des organisations étrangères à l'imputabilité. Elles doivent plutôt se plier à une imposante reddition de comptes qui les obligent à produire une surabondance de rapports, plans et états de toutes sortes.

En plus des tonnes de documents à transmettre chaque année au ministère de l'Éducation, elles doivent pondre un plan quinquennal d'investissements, fournir leurs prévisions budgétaires, répondre de l'utilisation des divers fonds dédiés, remplir les «indicateurs de suivi des affaires universitaires», se présenter aux trois ans devant la commission parlementaire sur l'éducation, etc.

Or c'est bien connu, trop c'est comme pas assez. Plutôt que d'accroître l'imputabilité des universités, cette surproduction de documents a l'effet inverse en submergeant tous ceux qui ont pour mandat de vérifier sa gestion. Le Ministère ne semble même plus ouvrir les boîtes qu'on lui transmet, sinon pour s'assurer qu'il n'y a pas de déficit. Les conseils d'administration se contentent trop souvent de faire du «rubber stamping». Et les députés n'en font guère plus en commission.

Inutile, donc, de répondre aux dérapages de l'UQAM et de Concordia en ajoutant plus de règles, comme le souhaite Québec (projets de loi 107 et 38). Il faut plutôt assainir celles qui existent et s'assurer qu'elles donnent les résultats escomptés.

Le gouvernement Charest entend faire un pas en ce sens, il est vrai, en signant des «ententes de partenariat» avec les universités, lesquelles contiendront une dizaine d'indicateurs clairs liés à la qualité de l'enseignement et à la gestion des fonds publics.

Mais le problème de cette approche est triple: elle ajoute une énième couche de règles, elle ne concerne que les 265 millions que rapporteront les hausses des droits de scolarité et elle n'assure en rien que les informations demandées seront traitées avec célérité, rigueur et objectivité.

Bref, on évalue plus, toujours plus, mais pas nécessairement mieux.

S'il compte convaincre les étudiants que l'argent qu'il leur réclame sera bien dépensé, c'est raté. Le gouvernement devrait plutôt porter attention à ce que ces derniers suggèrent (par l'entremise de la FEUQ): la création d'une commission d'évaluation des universités.

L'idée est fort pertinente. Une telle organisation pourrait combler le vide qui existe entre le gouvernement et les universités depuis la disparition du Conseil des universités en 1993. Elle pourrait jouer un nécessaire rôle d'intermédiaire en évaluant rigoureusement les établissements, mais aussi en s'occupant des questions liées au financement, à la recherche, à l'«assurance qualité» et à la performance, comme le proposent Robert Lacroix et Louis Maheu du CIRANO.

Voilà qui pourrait servir de compromis dans le débat sur les droits de scolarité, tout en réglant l'épineux problème de reddition de comptes. Plus que jamais, il importe que les universités soient évaluées correctement, non plus surévaluées inutilement.