Le pont Champlain n'est pas qu'une structure de plus au-dessus du fleuve, il s'agit du trait d'union qui relie l'île au continent. D'où l'importance de lui trouver un successeur à la hauteur.

Cela implique un temps de réflexion et de création, un processus qui mise autant sur la technique que sur l'esthétique, une contribution en amont des architectes et designers afin que le futur pont ne soit pas qu'une banale langue de béton.

Hélas, rien ne laisse transparaître l'existence d'une telle sensibilité à Ottawa, pour l'instant.

Au contraire, le ministère fédéral des Transports repousse toutes questions sur le design du futur pont, sous prétexte qu'«elles sont prématurées», trahissant une incompréhension de l'idée même d'un remue-méninges créatif.

Une fois le mode de réalisation sélectionné et les plans techniques élaborés, en effet, il sera trop tard pour concevoir une structure inédite, audacieuse et emblématique. Ce que semble avoir heureusement compris Gérald Tremblay, cette fois...

Malgré le «Montréal, ville de design UNESCO» qu'il ressasse continuellement, le maire s'est trop souvent contenté d'aborder la question sur le tard, comme pour Turcot et Griffintown. Mais dans la foulée du concours d'idées dont les résultats ont été publié dans La Presse, samedi, il dit vouloir éviter de reproduire cette erreur.

«On m'a reproché de ne pas avoir été en amont dans plusieurs dossiers, cette fois, on ne peut l'être davantage», a-t-il confié. Et pour démontrer sa bonne foi, il y va même d'une proposition qu'il promet de soumettre avec insistance au ministre Denis Lebel: que 1% du budget total du pont (50 millions de 5 milliards de dollars) soit consacré à la réflexion, la recherche, la conception et la réalisation du volet créatif du projet.

Une suggestion fort à propos qu'Ottawa serait bien mal venu de refuser. Certes, le gouvernement est en période de compression, il a promis que la facture du pont sera limitée et que les échéanciers seront écourtés. Mais rien ne l'empêche de lancer immédiatement un concours international d'architecture et de génie civil, comme l'ont demandé plusieurs experts et ordres professionnels, en puisant à même ses budgets culturels (près de 4 milliards en 2007-2008).

Comme le souligne le parti Vision Montréal de Louise Harel, le pont Champlain est le plus emprunté du pays et constitue du coup un lien national stratégique. En ce sens, le volet créatif de cet ouvrage d'art pourrait très bien être financé à titre d'élément du «patrimoine canadien».

Si le gouvernement choisit l'attentisme, au contraire, il y a de fortes chances que le mode de gestion qu'il privilégie impose ses propres exigences, qu'un partenariat avec le privé transforme la qualité architecturale en une contrainte financière... facilement évacuée.

La future structure a pourtant le potentiel de devenir une signature, à la fois une entrée de ville majestueuse pour Montréal et un pont dont le pays pourrait être fier. Ne manque qu'un peu de volonté.

francois.cardinal@lapresse.ca