Ignorant les recommandations de ses propres scientifiques, le Québec continue de faire la promotion d'une substance toxique qui sème la mort.

Fort de sa Politique d'utilisation accrue et sécuritaire de l'amiante chrysotile, en vigueur depuis juin 2002, le gouvernement continue en effet de défendre l'amiante, sa production, son exportation et son utilisation.

Et ce, même si l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a rappelé le caractère cancérogène de ce produit, même si elle a prouvé que son «utilisation sécuritaire» n'était qu'une vue de l'esprit, même si elle a expressément demandé à Québec d'abandonner cette politique qui n'a, à ses yeux, plus aucune légitimité.

Le déni a assez duré. Déni des dangers de la commercialisation de cette substance, mais aussi déni de l'ampleur des mesures à prendre pour réduire les risques qu'elle pose actuellement.

Le scandale, en effet, est double. En plus de refuser de mettre fin à l'utilisation de cette fibre nocive, le Québec refuse de s'occuper avec sérieux de sa présence dans de nombreux bâtiments publics.

La Presse révélait en effet, cette semaine, que les promesses sanitaires de la politique de 2002 n'ont pas, en grande partie, été honorées. Il n'y a toujours pas de règlement sur l'identification et la traçabilité de l'amiante dans les édifices, toujours pas de système de surveillance de l'exposition à l'amiante, toujours pas de suivi du respect des obligations faites aux propriétaires de bâtiment contenant de l'amiante.

Dix ans après l'adoption de la politique en vigueur, il est temps que le gouvernement s'attaque à ce double problème. Et il ne peut se contenter de dévoiler une liste de bâtiments ou de tenir une commission parlementaire, comme le demande timidement le PQ.

Plutôt, il doit élaborer une «Politique de retrait accéléré et sécuritaire de l'amiante»...

Il doit ainsi retirer son soutien à la relance de la mine Jeffrey, ce qui mettrait fin de facto à la production d'amiante au Québec. Il doit mettre sur pied un programme de transition pour les travailleurs de l'industrie. Puis il doit interdire l'exportation, une fois pour toutes, comme l'ont fait de nombreux pays.

Il doit également s'occuper de l'amiante déjà utilisée en dévoilant la liste de tous les bâtiments touchés, en mettant sur pied un registre permanent de la présence et de l'exposition des travailleurs, puis en élaborant un programme d'inspection et de suivi sanitaire systématique.

Il est tout simplement scandaleux qu'il n'y ait pas de démarche préventive systématique visant la gestion de l'amiante dans tous les bâtiments publics qui en contiennent. Scandaleux que l'exposition à l'amiante soit encore mal contrôlée dans plusieurs milieux de travail. Scandaleux que le Québec refuse depuis des années de réviser sa norme d'exposition à l'amiante, la plus laxiste en Occident!

Le déni de la réalité doit cesser. Québec doit mettre autant sinon plus d'énergie à bannir l'amiante qu'il en a mis, jusqu'ici, à faire sa promotion.