Le débat sur le port obligatoire du casque revient au gré des saisons, année après année. En été, on tente de l'imposer aux cyclistes; en hiver, aux skieurs.

La Société canadienne de pédiatrie a poursuivi la tradition, mardi, en demandant «aux gouvernements» d'adopter une loi pour contraindre skieurs et planchistes à porter le casque en tout temps.

Elle fait valoir que «le ski et la planche entraînent deux fois plus d'hospitalisations que le hockey» et qu'en ce sens, le casque réduirait le risque de «traumatisme crânien, d'incapacités et de décès».

L'objectif est louable, mais la solution, abusive.

D'abord, les chiffres cités par les pédiatres n'ont rien de concluant. On dénombre au pays trois fois plus de skieurs et planchistes (4 millions) que de hockeyeurs (1,3 million): normal que les premiers se retrouvent en plus grand nombre à l'hôpital!

En outre, la Société souligne que «plus de 5600 Canadiens sont blessés gravement chaque année en pratiquant une activité hivernale», près de la moitié sur les pentes de ski (2329). Le chiffre peut étonner, mais on parle ici autant des blessures à la tête que des entorses et des fractures. Dans ce cas, devrait-on aussi imposer les jambières et protège-poignets?

Ensuite, les chiffres les plus éclairants sont absents de l'argumentaire des médecins. L'Institut canadien d'information sur la santé, qu'ils citent, dit observer une stagnation des blessures graves à la tête depuis cinq ans (2006-2011), avec surreprésentation des enfants.

Or sur la même période, ce que taisent les pédiatres, c'est que la popularité du casque a explosé... surtout chez les enfants. Selon le Conseil canadien du ski, le port du casque est stable chez les 18-44 ans, mais il est passé de 75% à 95% chez les 10-14 ans; de 65% à 85% chez les 15-17 ans; de 58% à 75% chez les 45-54 ans; et de 39% à 76% chez les plus de 55 ans.

De deux choses l'une: ou bien le casque ne change rien au nombre de blessés admis à l'hôpital, ou bien il y a un problème avec les données utilisées par les pédiatres. Au Québec, on observe d'ailleurs une diminution du nombre de blessés.

Enfin, on s'attaque à un problème qui est en voie de se régler de lui-même. Pourquoi mettre nos énergies sur un tel débat, alors que le casque ne cesse de gagner en popularité, surtout chez les jeunes?

Le casque est devenu cool, en ski et à vélo, ce qu'une loi pourrait facilement saboter. Les jeunes ne rechignent plus à le mettre, leurs parents doivent montrer l'exemple et les plus vieux l'adoptent par prudence. Et il faudrait imposer une loi pour mettre au pas tous ces gens qui se responsabilisent seuls?

Attaquons-nous à plus urgent et acceptons que le risque zéro n'existe pas, comme l'a d'ailleurs tristement prouvé la mort de la skieuse Sarah Burke, hier. Encourageons la pratique d'activités physiques plutôt que de lui imposer des obstacles. Cessons de laisser entendre que le vélo et le ski sont des sports terriblement dangereux!

Pour une fois que les citoyens se responsabilisent et que les campagnes de sensibilisation donnent de bons résultats, évitons de sortir la matraque.