L'Institut économique de Montréal souhaite que le salaire des professeurs soit basé sur leur performance et que les moins bons d'entre eux soient facilement congédiés. Il brandit en ce sens un sondage Léger Marketing selon lequel une majorité de Québécois appuie cette approche.

Passons sur la crédibilité d'une enquête d'opinion qui s'apparente à un plébiscite sur la compétence des enseignants (pour ou contre?), et concentrons-nous sur la proposition comme telle: elle est loufoque.

Les professeurs ne travaillent pas sur des chaînes de montage à visser des boulons plus ou moins rapidement selon la carotte qui leur pend au bout du nez. Ils oeuvrent dans des classes peuplées d'individus aux cheminements différents, provenant de divers milieux, influencés par des parents, des proches, des amis...

Comment donc rendre les enseignants seuls et uniques responsables de la réussite, de l'échec ou du décrochage de tous ces élèves disparates? N'est-ce pas un pas de plus vers une déresponsabilisation de la famille - l'inverse de ce que préconise la droite - au profit de l'école?

En liant la rémunération du professeur à sa performance, et par extension au rendement des élèves, on fait en effet disparaître toute interférence extérieure à la classe, on tient pour acquis que le maître est seul à bord, que sa compétence explique entièrement les succès et ratés de ses disciples...

C'est bien mal comprendre la réussite scolaire! Croit-on sincèrement que le prof est responsable des échecs de l'élève qui ne fait jamais ses devoirs à la maison? Qui passe son temps devant la télé? Qui ne lit jamais un livre? À qui on ne lit jamais un livre?

Répondre par l'affirmative, comme le fait l'IEDM, revient à lier l'indolence de certains parents... au salaire des professeurs! Ridicule.

Entendons-nous, l'idée d'évaluer les enseignants a ses mérites, mais certainement pas en tant qu'outil productiviste ou épée de Damoclès. Si l'évaluation continue est introduite un jour (à ne pas confondre avec les évaluations qui précèdent la permanence), elle ne devra servir qu'à informer l'enseignant des forces et faiblesses de sa pratique, afin qu'il s'oriente vers une formation d'appoint, au besoin.

En plus d'envoyer un message quant au sérieux avec lequel ce métier est accompli, un passage obligé pour accroître sa reconnaissance sociale, l'évaluation mesure et authentifie la maîtrise des compétences professionnelles. Et pousse vers la sortie les incapables, beaucoup moins nombreux que l'IEDM le sous-entend.

En échange, et sous condition de trouver une méthode d'évaluation juste et équitable, il faudrait accorder aux professeurs une plus grande autonomie, voire un salaire plus élevé... à l'ensemble d'entre eux sans discrimination.

Pour avoir un réel effet sur la réussite et le décrochage scolaires, il vaut mieux hausser la barre pour tous les professeurs que de valoriser quelques champions de l'enseignement au détriment de tous les autres.