À vouloir trop bien faire, on finit par en faire trop. Ce qui conduit à des résultats diamétralement opposés à ceux que l'on poursuit.

Le maire du Plateau Mont-Royal, Luc Ferrandez, est en train de prouver à son tour la justesse de cet adage avec l'implantation du deuxième volet de son plan de circulation controversé. Poussant l'audace plus loin que l'an dernier, il entend désormais réduire la circulation, imposer des sens uniques et interdire le virage sur une bonne dizaine de rues de l'arrondissement.

L'objectif est louable: canaliser la circulation de transit dans les artères principales, là où elle devrait effectivement se concentrer. Mais croire qu'on peut renverser des décennies de mauvais choix urbanistiques en quelques mois à peine est illusoire. Voire contreproductif et dommageable.

Le problème avec les mesures ambitieuses du maire Ferrandez, ce ne sont pas les mesures comme telles, mais bien la rapidité avec laquelle il croit pouvoir les implanter, et le moment choisi pour le faire.

On commence à peine à détricoter le tissu urbanistique que les précédentes générations ont confectionné avec le seul bien-être des automobilistes en tête. On multiplie ainsi les dos d'âne, on réduit la vitesse de circulation, on refait les trottoirs en gonflant les saillies, on déroule les pistes cyclables et on expérimente les rues piétonnes. Et ce, sans grandes protestations.

Et tout d'un coup, on voudrait réorienter 83% des déplacements d'un des principaux quartiers de la ville? Un peu de réalisme! Le bond est trop spectaculaire pour qu'il puisse être franchi sans heurts. Le mieux étant l'ennemi du bien, il aurait mieux valu se contenter d'accroître graduellement l'emprise, le nombre et la robustesse de ce genre de mesures que de tout chambouler d'un coup.

Cela est d'autant plus vrai que le moment choisi pour entreprendre cette révolution est à peu près le moins bon de l'histoire de Montréal! Jamais n'y a-t-il eu autant de chantiers, de détours et de rues barrées. Jamais la colère des automobilistes n'a été aussi exacerbée. Jamais n'a-t-il été aussi difficile de circuler dans le Plateau, dans la rue Saint-Urbain, sur le boulevard Saint-Joseph...

Et c'est le moment qu'on a choisi pour administrer un remède de cheval aux automobilistes! Pas surprenant que leur fureur soit si vive, que les résidants du secteur, pour qui on implante ce plan, soient mécontents et que même certains sympathisants des mesures d'apaisement soient aujourd'hui dubitatifs...

L'ennui avec le plan et ses impacts, c'est qu'ils provoquent des conséquences qui dépassent de loin les frontières du Plateau. D'abord en enfermant dans un labyrinthe tous les résidants de l'île qui osent encore traverser ce quartier pourtant central, ensuite en provoquant un ressac qui fera réfléchir à deux fois tout autre maire ayant envie d'apaiser la circulation de son propre arrondissement.

En voulant ainsi régler trop vite un fouillis local, on en crée un aux proportions montréalaises.