Qui l'eût cru? Montréal se classe parmi les trois villes où la construction résidentielle est la plus forte en Amérique du Nord ! Et la faiblesse de l'économie américaine n'explique pas tout...

François Cardinal LA PRESSE

Qui l'eût cru? Montréal se classe parmi les trois villes où la construction résidentielle est la plus forte en Amérique du Nord ! Et la faiblesse de l'économie américaine n'explique pas tout...

Les plus récentes données, révélées cette semaine par le collègue Maxime Bergeron, montrent en effet qu'il n'y a jamais eu à Montréal autant de copropriétés mises en chantier que l'an dernier. Un véritable boom qui se poursuit: les condos en chantier ont aussi atteint un record le mois dernier et des milliers d'autres unités sont sur les planches à dessin.

Une «surconstruction» à prévoir ? À court terme, peut-être. Mais à long terme, ce phénomène est plutôt de bon augure pour Montréal, si l'on se fie aux tendances démographiques à venir: il pourrait constituer le prélude à une diminution de l'exode des citadins vers la banlieue.

La population du Grand Montréal est appelée à dépasser le cap des 4 millions d'ici 20 ans. Ce qui signifie l'ajout de centaines de milliers de nouveaux ménages. Des ménages, il est vrai, qui éliront domicile en grand nombre dans la Couronne Nord, et dans une moindre mesure dans la Couronne Sud. Mais l'effet trou de beigne pourrait s'essouffler au fil du temps.

La banlieue, ce n'est plus Laval ni Longueuil, c'est Saint-Jérôme, L'Assomption. Ce sera demain Saint-Hippolyte, Saint-Calixte? Or cet étalement qui s'éloigne toujours plus, qui repousse chaque année l'étendue des bouchons ne pourra se poursuivre indéfiniment. Un point de rupture sera atteint un jour, forcément. Un point au-delà duquel le prix des maisons ne vaudra plus le temps passé en auto, aussi confortable soit-elle.

On disait déjà cela il y a 10 ans, certes, mais le prix de l'essence était ridiculement bas à l'époque et les chantiers, sporadiques. Aujourd'hui, ces deux éléments font craindre le pire pour une bonne dizaine d'années à venir, au moins. Après Mercier, ce sera Turcot, Bonaventure, Champlain, la Métropolitaine... dans un contexte où la CMM entend interdire tout empiètement dans la zone agricole et ainsi, geler le périmètre d'urbanisation de la région.

C'est avec ce portrait en tête qu'il faut analyser le bouleversement immobilier de Montréal, sorte de tapis rouge déroulé aux exaspérés de la route. On construit ainsi beaucoup de copropriétés, mais surtout, beaucoup de copropriétés de toutes sortes. Le haut de gamme côtoie de plus en plus l'abordable, le milieu de gamme, le social. Une façon de retenir les immigrants qui, en plus d'être ceux par qui la hausse démographique surviendra, sont de plus en plus tentés par le marché du neuf. Une façon de séduire les familles aussi, avec une offre aux prix plus diversifiés. Et une façon d'attirer les baby-boomers, enfin, qui se sentent de plus en plus seuls dans leurs grands bungalows.

Les astres s'alignent donc. Si en plus la Ville, flairant la bonne affaire, décidait d'assouplir les critères de son programme d'accès à la propriété, tout serait en place pour que l'île retrouve son attrait, enfin.

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