L'éolien a le vent dans les pales. L'Allemagne accélère son développement pour sortir du nucléaire. L'Ontario double son objectif à long terme. La France met le cap en haute mer. Et la Chine érige une nouvelle turbine... chaque heure.

François Cardinal LA PRESSE

L'éolien a le vent dans les pales. L'Allemagne accélère son développement pour sortir du nucléaire. L'Ontario double son objectif à long terme. La France met le cap en haute mer. Et la Chine érige une nouvelle turbine... chaque heure.

Pendant ce temps, le Québec chemine tranquillement vers son objectif de 4000 MW à l'horizon 2015, un pas de plus ayant été franchi vendredi, avec le dépôt d'un rapport positif du BAPE sur le projet du Massif du Sud.

Mais en cette journée mondiale de l'éolien, la question se pose: stop, ou encore? Doit-on se contenter d'atteindre la cible, ou relancer l'aventure éolienne au-delà de 2015?

La réflexion mérite d'être lancée rapidement, étant donné la proximité de l'échéance, le manque d'ambition d'un objectif ayant perdu de son panache au fil du temps, et la nécessité de lancer un signal à l'industrie si l'on souhaite qu'elle prenne racine.

Il est facile de répondre que «l'éolien, on n'en a pas besoin». Ce qui, d'un strict point de vue énergétique, peut se défendre. Mais il suffit de jeter un coup d'oeil sur les bénéfices engrangés ces dernières années pour constater que l'enjeu est infiniment plus large.

Depuis 2003, Hydro-Québec a lancé quatre appels d'offres totalisant 3500 MW. En plus d'accroître l'offre énergétique, le premier a notamment permis la construction de trois usines en Gaspésie. Le deuxième a élargi les retombées locales à d'autres régions. Et les deux derniers contribueront, grâce à d'intéressantes redevances, au développement de plusieurs municipalités et communautés autochtones.

Mais bon, ainsi résumé, tout cela peut sembler bien abstrait. Attardons-nous donc à un cas précis, celui du Massif du Sud. Voilà un projet dont on pourrait bien se passer, d'autant qu'il est prévu en plein parc régional...

Mais du coup, il faudrait aussi se passer de ses 150 MW d'énergie propre, des 80 millions de dollars de contrats qui seront accordés dans les municipalités dévitalisées de la région, ainsi que de la formation en entretien d'éoliennes que compte offrir le cégep de Beauce. Il faudra enfin renoncer aux centaines de milliers de dollars que le promoteur versera à la MRC, une somme qu'elle compte utiliser pour éviter la fermeture... du parc régional!

Le Québec a certes besoin d'éoliennes pour combler sans polluer une demande énergétique que l'on prédit croissante, mais aussi pour des raisons environnementales et socio-économiques. D'où l'intérêt de relancer de nouveaux appels d'offres rapidement et ainsi, de pérenniser l'industrie.

Ce pourrait être l'occasion d'analyser ce qui a été fait à ce jour, de s'inspirer des parcs les mieux intégrés (Saint-Ulric), de prendre exemple sur les projets les mieux acceptés (Saint-Rémi) et de tirer des leçons des cas plus douteux (Cap-Chat). Bref, de préciser l'encadrement des projets à venir à la lumière des réussites passées.

On évalue qu'à terme, on aura profité d'investissements frôlant les 10 milliards et de la création de 35 000 emplois. Souhaite-t-on vraiment s'arrêter en si bon chemin?

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