Qu'il soit coupable ou non, qu'il ait été victime d'un acte manqué, d'un piège politique ou d'une réelle impulsion, Dominique Strauss-Kahn a peu de chances de se relever de cette accusation d'agression sexuelle. Ce qui ne veut pas dire que le Parti socialiste, lui, ne se redressera pas.

Les moeurs de DSK étaient un secret de Polichinelle en France, où l'on s'en formalisait peu. L'homme avait beau avoir reçu les foudres d'une romancière prétendant avoir été sollicitée sexuellement, il avait beau avoir eu une liaison extraconjugale avec une employée du FMI, il n'en était pas moins présidentiable.

Mais cette dernière histoire est différente pour de multiples raisons, que ce soit le moment où elle survient, l'implication des autorités policières américaines, l'intérêt médiatique qu'elle suscite ou la gravité des accusations. Il y a en effet des limites à l'impunité. Même en France.

Vrai, l'homme peut être innocent. Il peut être victime d'un coup monté. Mais dans le contexte de la présidentielle de 2012, peu importe réellement. L'accusation s'ajoute simplement à une foule d'autres reproches allégués ou avoués - du libertinage au favoritisme en passant par un train de vie passablement somptueux dont la Porsche n'était qu'un artifice - et se transforme ainsi, de facto, en coup de grâce.

DSK emportera-t-il le Parti socialiste dans sa chute? Possible, mais pas inévitable.

L'ancien ministre était attendu tel le messie par une bonne partie du PS. Les sondages le donnaient gagnant face à Nicolas Sarkozy. La gauche était donc ragaillardie au moment où elle célèbre le 30e anniversaire de l'accession au pouvoir de François Mitterrand.

Mais Strauss-Kahn n'était pas encore élu, il n'était pas encore candidat, il n'avait même pas officiellement annoncé son intention de se lancer dans la course. La bombe (à retardement?) éclate donc au moment où les socialistes se tenaient encore à distance.

Le PS pourrait néanmoins être une victime collatérale des événements du week-end. Le «DSKgate» pourrait lui couper les ailes à quelques mois de la présidentielle. Mais le parti pourrait aussi s'en sortir sans trop d'égratignures, en raison de l'importance de la grogne contre Sarkozy et de la liste de candidats d'envergure qui peuvent lui faire face.

François Hollande et Martine Aubry (dans une bien moindre mesure, Ségolène Royal) sont en effet toujours potentiellement en lice pour représenter les socialistes l'an prochain. Le premier talonnait déjà DSK alors que la seconde, qui avait un pacte de non-agression avec le meneur, a fait bonne impression à la tête du parti. Et c'est sans compter sur les possibles autres candidats tapis dans l'ombre dans l'expectative de la candidature Strauss-Kahn.

Le scandale, on s'entend, est un véritable «coup de tonnerre» pour toute la classe politique française, comme l'a souligné Martine Aubry. À moins d'un improbable revirement de situation, il éloignera DSK de la présidence. Mais il est trop tôt pour en dire autant de son parti.

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