Le premier a salué le «pétrole éthique» de l'Alberta, le second s'est dit favorable au gaz de schiste. Et pourtant, Peter Kent et Pierre Arcand sont tous deux ministres de l'Environnement.

Le premier a salué le «pétrole éthique» de l'Alberta, le second s'est dit favorable au gaz de schiste. Et pourtant, Peter Kent et Pierre Arcand sont tous deux ministres de l'Environnement.

Doit-on s'en offusquer?

La question est intéressante en ce qu'elle nous oblige à réfléchir à cette délicate fonction de ministre de l'Environnement, un poste occupé par un député sans nécessaires convictions écologistes... qui doit néanmoins s'en draper à chaque sortie publique.

Coincé entre l'arbre et l'écorce, il doit ainsi faire siennes les préoccupations des groupes environnementaux... tout en évitant l'environnementalisme. Il doit veiller au respect des lois, mais autoriser les projets qui y dérogent. Il doit jouer les protecteurs de l'environnement au conseil des ministres... tout en étant solidaire des décisions de ce dernier.

Il est en quelque sorte le Janus à deux têtes du gouvernement, pour utiliser l'expression du professeur Claude Villeneuve, de l'UQAC.

Pas étonnant que son allégeance soit continuellement remise en question. Est-il le porte-parole de l'écologie au sein du gouvernement? Ou plutôt le porte-voix du gouvernement sur les questions écologiques?

Si la question est aujourd'hui chaude d'actualité, c'est que MM. Kent et Arcand la suscitent par leurs gestes et discours. Dans un contexte où les projets énergétiques alimentent la grogne, plusieurs jugent que leur discours public, voire leur présence au Saint des saints n'a rien de rassurant.

Bien des citoyens ont en effet l'impression qu'à Ottawa comme à Québec, le ministre de l'Environnement est de connivence avec l'industrie. Peter Kent n'a pas attendu deux jours avant de se porter à la défense de l'extraction des sables bitumineux. Et Pierre Arcand partage l'enthousiasme de ses collègues pour le gaz de schiste.

Ce dernier a eu beau tenter de calmer le jeu il y a 10 jours, il a atténué ses réserves depuis. Et il a surtout accordé au BAPE un mandat restreint, il a vanté les «belles opportunités» de l'extraction et il a banalisé les craintes des opposants en répétant que toute activité minière «a sa part de risques».

Or l'exploitation n'est pas du ressort du ministre de l'Environnement, lequel doit s'en tenir à son rôle de supervision, de chien de garde. M. Arcand doit veiller à ce que les forages dans les shales ne contaminent ni l'eau ni l'air ; M. Kent doit s'assurer que l'exploitation bitumineuse respecte les lois fédérales et les écosystèmes.

Tout le reste n'est que promotion, une tâche qui relève du ministre des Ressources naturelles, voire du premier ministre.

Certes, MM. Kent et Arcand font partie de gouvernements favorables à l'extraction, ils ont un rôle de représentation à assumer, mais ils ont d'abord et avant tout le devoir de remplir leur mandat premier: assurer la protection de l'environnement pour améliorer la qualité des milieux de vie des citoyens.

Toute confusion des rôles, dans un contexte aussi émotif, est à proscrire.