Sous prétexte de moderniser l'État, Québec a procédé à la mise à mort d'un des organismes les plus performants et les plus rentables de l'appareil gouvernemental: Recyc-Québec.

Sous prétexte de moderniser l'État, Québec a procédé à la mise à mort d'un des organismes les plus performants et les plus rentables de l'appareil gouvernemental: Recyc-Québec.

Annoncé alors que l'attention médiatique se concentrait ailleurs, l'abolition de cette société d'État est non seulement suspecte, elle est inquiétante.

Dans son communiqué de quelques lignes, le ministre de l'Environnement, Pierre Arcand, précise que ce geste vise à «accroître l'efficacité de l'État et à réduire ses dépenses». L'objectif est louable, mais l'argument, dans ce cas-ci, apparaît fallacieux.

Recyc-Québec est l'exemple même d'une société efficace gérée avec parcimonie. Grâce à cette bonne gestion ainsi qu'à la consigne, on retrouve dans ses coffres un surplus accumulé de 42 millions de dollars et un excédent budgétaire de 500 000$.

Rien d'étonnant à ce que les deux derniers rapports du Groupe de travail sur l'examen des organismes du gouvernement recommandent le maintien de Recyc-Québec, qui «joue un rôle essentiel» (1997) et dont «les activités revêtent une importance sociale et stratégique» (2005).

Mais bon, tout cela ne semble guère impressionner le gouvernement Charest, qui a néanmoins décidé de mettre une croix sur cet organisme qui fête cette année ses 20 ans afin de faire de mirobolantes économies «récurrentes» de... 2 millions. Soit un peu plus de 0,003% du budget de l'État!

Mais attention! Il n'y a pas que des économies anticipées. M. Arcand promet également, en abolissant cette société, d'« accroître les services » en intégrant les employés de Recyc-Québec au sein de son ministère.

Récapitulons: dans l'éventail des quelque 200 paragouvernementales, Québec a décidé de supprimer l'un des rares organismes qui s'autofinance et qui fait des surplus, sous prétexte qu'en ajoutant ce mandat aux nombreux autres du ministère, l'État fera mieux... pour moins cher.

Illusoire, vous dites? Chimérique plutôt, voire impossible!

Sans justification crédible, on peut se demander si le gouvernement n'a pas plutôt plié l'échine devant l'intense lobbying des entreprises?

Chien de garde de la politique de gestion des matières résiduelles et de la consigne sur les bouteilles et canettes, Recyc-Québec dérangeait en effet, surtout les entreprises qui mettent sur le marché des contenants et des emballages, réunies au sein d'Éco Entreprises Québec (organisme dont le lobbyiste est devenu, en septembre dernier, attaché politique au cabinet Arcand).

Dans ce contexte, il y a lieu de nourrir de vives inquiétudes. D'abord pour l'avenir de la consigne, un outil contesté par l'industrie pour sa lourdeur, mais sans lequel les taux de récupération ne seraient pas ce qu'ils sont.

Et ensuite pour l'avenir de la récupération, qui a certes fait des bonds de géant ces deux dernières décennies, mais qui n'a toujours pas permis de réduire véritablement la quantité de déchets que les Québécois envoient chaque année au dépotoir.