Il y a un an cette semaine, Gérald Tremblay était réélu maire de Montréal. Pour l'occasion, La Presse propose un projet de société pour sortir la métropole de sa torpeur: une révolution des transports à l'horizon 2020. Aujourd'hui, premier d'une série de trois éditoriaux: la pertinence d'un tel chantier.

Montréal fait du surplace. Après une poussée de croissance phénoménale, marquée par bon nombre de projets structurants, la métropole peine à retrouver son erre d'aller des belles années.

Il y a bien eu, dans le passé, le métro, les autoroutes urbaines et les grandes places d'affaires comme le Complexe Desjardins et la Place Ville-Marie. Il y a eu ensuite, à plus petite échelle, la Cité multimédia, le Quartier international et la revitalisation du Vieux-Montréal.

Puis, il y a eu le CHUM.

En fait, il y aura le CHUM. Un jour.

Voilà qui illustre bien l'immobilisme de Montréal, une ville qui semble s'être arrêtée de grandir d'un coup, qui tourne dans un cul-de-sac depuis des années sans être capable d'en sortir.

Soyons magnanimes, il y a certes quelques projets qui avancent. Pensons au prolongement de l'autoroute 25. Au Quartier des spectacles. Au Quartier de la vie qui prendra racine autour du Stade. Mais avouons-le, aucun de ces projets n'a l'envergure ni ne suscite l'enthousiasme nécessaire pour sortir la métropole de l'impasse dans laquelle elle se trouve.

Il faut plus que ça. Il faut un chantier qui mobilisera la région pendant les cinq à 10 prochaines années.

Quelques-uns viennent à l'esprit: s'atteler à un nécessaire ménage des structures qui étouffent la métropole, consolider l'intégration des nouveaux arrivants, retenir les jeunes familles francophones sur l'île, augmenter la productivité de Montréal.

Autant de chantiers nécessaires. Mais des chantiers, là encore, qui ne susciteront pas d'emballement collectif.

Il importe donc de trouver LE chantier des chantiers, celui qui touche et intéresse citadins et banlieusards, celui qui améliorera le quotidien des Montréalais, celui qui permettra des gains dans une multitude de domaines à la fois, celui qui aurait le potentiel de transformer complètement la métropole, tant sur le plan social, qu'économique et environnemental.

Ce projet de société, c'est une révolution de la mobilité des personnes dans la région métropolitaine.

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Tous les jours, beau temps et (surtout) mauvais temps, plus d'un million de personnes s'assoient derrière leur volant, syntonisent leur chaîne préférée, roulent quelques minutes, puis s'arrêtent derrière une auto.

L'immobilisme de Montréal, il se trouve là aussi.

Les problèmes de congestions étouffent Montréal, littéralement. Ils empoisonnent le quotidien de milliers de Montréalais, nuisent à la compétitivité de la métropole, ralentissent le transport des marchandises et font croître les gaz à effet de serre, la pollution et le smog.

Des problèmes, en outre, qui augmentent chaque année, comme en attesteront tous les habitués des bouchons, plus imposants que jamais depuis la rentrée.

De 2003 à 2008, selon la plus récente Enquête origine-destination, la population de la région de Montréal a crû de 5%, mais le parc automobile, lui, a augmenté de 10%.

Pourquoi? Parce que le pouvoir d'achat (et l'endettement) ne cessent de croître dans la région. Parce qu'il y a de plus en plus de ménages composés d'un nombre toujours plus petit de personnes. Parce qu'il y a croissance démographique. Et parce que ce sont les couronnes qui se développent plus rapidement, cinq fois plus vite que l'île!

Bref, la région est composée de plus en plus de monde, de plus en plus riche, qui élit domicile toujours plus loin du centre.

Des conditions, bien évidemment, qui rendent inévitable le recours à l'auto solo.

Résultat: les solutions qui s'imposent sont inefficaces. Si on tente de régler le problème en diminuant l'offre routière, on ne fera qu'aggraver le problème, étant donné que bien des Montréalais n'ont d'autres choix que de se déplacer à voiture; et si on tente d'élargir les autoroutes pour les accommoder, on ne fera qu'attirer encore plus d'automobilistes... qui les congestionneront à nouveau.

La quadrature du cercle régional, en somme, qui immobilise toujours un peu plus Montréal. D'où l'intérêt pour une véritable réforme des habitudes de déplacements.

Jamais le moment n'a été plus propice

On aura perdu 60 ans.

En 1949, les Montréalais ont effectué plus de 380 millions de déplacements en transport en commun. Et en 2009, ils en ont effectué... plus de 380 millions.

Entre les deux, par contre, la popularité des transports en commun a subi une descente aux enfers, qui a débuté avec le retrait des tramways dans les années 1950 et qui s'est poursuivie pendant 20 ans au rythme du fulgurant développement de la capacité routière et de l'étalement urbain.

Puis, à partir des années 1960 avec l'ouverture du métro, la popularité des transports en commun a recommencé à grimper. Les Jeux olympiques ont aidé en 1976, puis la création de la carte mensuelle en 1980 et, enfin, les investissements gouvernementaux consentis depuis 2007.

Il aura donc fallu six décennies pour rattraper le niveau de popularité d'antan, même si la population a crû de 32%!. Mais heureusement, la courbe des 10 dernières années donne des signes d'accélération depuis quelque temps.

Entre 2003 et 2008, l'affluence des transports en commun a en effet augmenté de 15%. Grâce au prolongement du métro et au déploiement du réseau de train de banlieue, notamment, on observe des hausses autant sur l'île (10%), à Laval (31%), sur la Rive-Sud (19%), que dans les couronnes Nord (40%) et Sud (52%).

Il y a là un phénomène, qui a permis au transport en commun d'accroître sa part modale: la portion de l'ensemble des déplacements dans la région effectués à l'heure de pointe matinale en autobus, en train et en métro est passée de 21% à 25% en une décennie.

On constate donc un contexte favorable au développement massif du transport collectif, d'autant que tous les ordres de gouvernement ont pour objectif de réduire les émissions provenant du transport, voire carrément d'augmenter l'offre des transports alternatifs à l'auto.

Le Canada, par l'entremise de ses cibles de réduction des gaz à effet de serre, le Québec, à la fois par sa politique sur les changements climatiques et sa politique du transport collectif, et Montréal, par son plan de transport et son plan de développement durable.

Les planètes sont donc alignées.

Mais sur quels projets miser? Comment s'assurer que ces derniers ne seront pas bloqués par le monstre de la «surgouvernance»? Et surtout, comment financer cette nécessaire révolution des déplacements dans la région de Montréal?

Lundi: Des transports à révolutionner

Mardi: Un plan en trois points

Mercredi: Financement en deux temps