Le milieu de l'éducation se réunit aujourd'hui à Québec afin de se pencher sur l'intégration des élèves en difficulté dans les classes ordinaires.

La rencontre est cruciale, car non seulement s'agit-il de la toute «première priorité» de la ministre Beauchamp, nouvellement nommée, mais aussi du principal problème auquel l'école est aujourd'hui confrontée, de l'aveu même de l'ensemble des acteurs du réseau, des enseignants aux parents en passant par les directions et commissions scolaires.

Depuis 40 ans maintenant, depuis le rapport Parent, en fait, le Québec marche inexorablement vers une école de plus en plus inclusive, qui accueille dans les mêmes classes les élèves réguliers, les enfants handicapés, ceux qui sont en difficulté d'adaptation, qui ont des troubles du comportement ou, simplement, des difficultés d'apprentissage.

Mais l'intégration à tout prix, aussi politically correct soit-elle, a ses limites. Et clairement, celles-ci ont été atteintes.

Les élèves en difficulté sont non seulement de plus en plus nombreux dans les classes régulières, ils sont aussi de plus en plus concentrés, en raison de l'exode des meilleurs élèves vers les projets particuliers et les écoles privées.

Avec, pour résultat, des enseignants à bout de souffle, si ce n'est épuisés, qui peinent à concilier les besoins des élèves réguliers avec ceux des élèves en difficulté, qui n'en bénéficient même pas.

Mais affirmer publiquement que nous avons poussé le concept d'«école inclusive» trop loin, un concept protégé par nombre de jugements, de chartes des droits et de conventions internationales, relève aujourd'hui du tabou.

Si on n'est pas pour la pleine intégration, on est forcément en faveur d'une ghettoïsation des enfants à problèmes dans des classes spécialisées d'où ils ne sortent jamais...

Or, n'en déplaise aux plus vertueux, la solution se trouve quelque part entre les deux, dans une sorte d'inclusion partielle aux classes ordinaires, comme cela se fait déjà dans les commissions scolaires anglophones du Québec, où les taux d'intégration frôlent les 100%. Avec succès.

Concrètement, l'élève en difficulté est intégré à la classe ordinaire, mais il profite de plusieurs périodes d'exclusion, le temps de recevoir un enseignement plus pointu... et de donner à l'enseignant et à sa classe un certain répit, disons-le.

Mais ce répit, il est vrai, a un coût pour le professeur. Car il implique une approche individualisée, un plan d'intervention clair pour chaque élève en difficulté et un suivi rigoureux avec les parents et spécialistes.

Mais en échange de cette plus grande souplesse du corps enseignant, Québec doit accepter de délier les cordons de sa bourse, ou à tout le moins de réaffecter certaines sommes. Pour augmenter encore un peu plus le nombre de spécialistes. Mais aussi, pour diminuer le nombre d'élèves par classe et pour donner plus de latitude à l'emploi du temps des professeurs.

Il n'est donc pas nécessaire de remettre l'inclusion en question, seulement son application sans nuances ni financement adéquat.