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Pesticides: la dose qui fait le poison

L'agriculture québécoise utilise-t-elle trop de pesticides ?... (PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE)

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L'agriculture québécoise utilise-t-elle trop de pesticides ?

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Ariane Krol

Éditorialiste

La Presse

Ça va parler de pesticides ce printemps et pour une fois, pas seulement dans les fermes. Le sujet reviendra bientôt dans l'actualité grâce à la commission parlementaire de l'agriculture, dont les audiences doivent débuter sous peu. On salue l'initiative des députés membres, mais on leur recommande de ne pas trop s'éparpiller.

L'agriculture québécoise utilise-t-elle trop de pesticides - ou, à tout le moins, plus que nécessaire ? Serait-ce à cause de l'influence de l'industrie sur la recherche et les pratiques des agronomes ? Ces questions ne sont pas nouvelles, mais les controverses rapportées récemment dans les médias les ont rendues plus pressantes que jamais.

Il est donc heureux que la commission de l'agriculture ait décidé de s'attaquer à ce sujet touffu, dont les aspects techniques peuvent rapidement obscurcir les enjeux éthiques. L'indépendance de la recherche ainsi que les pratiques de prescription des pesticides par les agronomes liés à l'industrie seront abordés, nous a confirmé le président de la Commission, le caquiste Mathieu Lemay.

Cette commission collera donc davantage à l'actualité que ne laissait présager son mandat officiel adopté la semaine dernière. Celui-ci, on l'a vu, se bornait à des généralités comme les « impacts des pesticides sur la santé publique et l'environnement », les « pratiques de remplacement innovantes » et « la compétitivité du secteur ». Des éléments importants mais qui, si on s'y était limité, seraient passés à côté du noeud.

La liste des participants n'est pas encore disponible, mais il est certain que les agronomes reviendront souvent sur le tapis - en particulier ceux qui assument un double rôle de conseil et de vente auprès des agriculteurs.

Le malaise n'est pas nouveau. Les conflits d'intérêts auxquels les agronomes s'exposent ont suscité de vifs débats au sein de l'Ordre des agronomes du Québec au début des années 2000. Un grand colloque a même été organisé en 2006. Ensuite... bruit de criquets des champs.

C'est seulement en 2017 que l'Ordre a vraiment réactivé le dossier, en commandant une enquête externe sur les pratiques de rémunération des entreprises employant des agronomes. Le choc : 80 % d'entre elles utilisent des formules de rémunération incitatives, qui peuvent représenter jusqu'à 20 % du salaire chez les distributeurs de pesticides, fertilisants et autres intrants, a révélé l'Ordre. Ces pratiques sont en contradiction flagrante avec son code de déontologie, qui demande à l'agronome de « s'abstenir de recevoir [...] tout avantage, ristourne ou commission ».

Ça ne veut pas dire qu'un agronome travaillant pour un distributeur soit automatiquement fautif, et laisse ses intérêts financiers influencer ses recommandations. Mais ça le place dans une situation intenable qui nuit à l'image de toute la profession. Imaginez si un médecin de famille tenait un rayon de pharmacie dans son bureau et tirait profit des médicaments qu'il vient de prescrire*. Comment pourrait-on avoir entièrement confiance en ses ordonnances ?  

L'encadrement des agronomes est d'autant plus crucial que les agriculteurs ne sont pas les seuls concernés par leurs recommandations. Trop de pesticides ou de fertilisants peuvent avoir des conséquences grave sur la santé et l'environnement, notamment sur les cours d'eau. 

Les agronomes sont toutefois loin d'être les seuls en cause. Contrairement aux médicaments d'ordonnance, dont l'accès est contrôlé par les médecins, seuls cinq pesticides nécessitent une prescription d'agronome. Et encore, c'est très récent. Faudrait-il l'étendre à tous les produits ? Et sinon, comment responsabiliser vendeurs et acheteurs ?

Même si la commission parlementaire ne trouve pas de réponse définitive à toutes les questions, elle contribue à garder le débat vivant. C'est le principal pour l'instant. 

*Selon le code de déontologie du Collège des médecins du Québec, le médecin doit s'abstenir « de rechercher ou d'obtenir un avantage financier par l'ordonnance d'appareils, d'examens ou de médicaments » et d'accepter « toute commission, ristourne ou avantage matériel ».




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