Après cinq ans de développement, le premier avion CSeries de Bombardier Aéronautique a pris son envol hier à Mirabel. Souhaitons que les ventes décollent aussi.

Le CS100, qui peut transporter jusqu'à 125 passagers, est le plus gros appareil jamais produit par l'avionneur montréalais. Il a de grandes ambitions pour lui. «On est le seul appareil complètement nouveau de cette catégorie, avec des performances vraiment en avant des autres. On s'est donné comme objectif d'avoir 50% de cette catégorie-là», a indiqué le grand patron de Bombardier, Pierre Beaudoin, juste avant le décollage.

Estimant le marché des avions à fuselage étroit de 100 à 149 places à près de 7000 unités en 20 ans, l'avionneur compte donc vendre quelque 3500 appareils CS100 et CS300 (le second modèle, attendu plus tard, pourra accueillir jusqu'à 160 passagers). Sur un horizon d'une vingtaine d'années, ce n'est pas impensable, mais pour l'instant, la CSeries compte seulement 177 commandes fermes. Il y a bien le PDG de Porter Airlines, Robert Deluce, qui ne tarissait pas d'éloges sur le CS100 hier. Mais avant de transformer son entente en commande, il devra convaincre Toronto de permettre les jets à l'aéroport du centre-ville. Ce n'est pas fait.

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Au défi de concurrencer Boeing et Airbus, les deux plus gros avionneurs au monde, s'ajoute celui de convaincre les transporteurs d'ajouter un nouveau type d'appareil à leur flotte, avec tout ce que cela implique en termes d'entretien et de formation des pilotes. WestJet, qui avait considéré la CSeries, a finalement choisi le Boeing 737MAX à cause des similitudes avec les 737 qu'il possède déjà. Elle n'est pas la seule compagnie aérienne à faire ce calcul. Bombardier devra les convaincre une à une. Même Air Canada, qui a déjà indiqué son intérêt et dont le siège social se trouve tout près, ne s'est pas déplacé pour assister au vol inaugural.

Sur papier, la CSeries est pourtant séduisante. Consommation de carburant et émissions de CO2 réduites de 20% par siège, coûts d'exploitation 15% moins élevés, nouveaux moteurs Pratt&Whitney beaucoup moins bruyants: les arguments de vente ne manquent pas. Mais le CS100 n'est plus un avion de papier. Les essais en vol des prochains mois serviront notamment à vérifier ces promesses, et à voir si cela convainc les transporteurs.

Le président de Bombardier Avions commerciaux, Mike Arcamone, s'est montré optimiste hier, et a réitéré son engagement d'avoir 300 commandes fermes au moment de l'entrée en service de la CSeries, dans 12 mois. Il le faudra, et davantage, car Bombardier a misé plus de 3,4 milliards de dollars sur ce programme et un grand nombre d'emplois en dépendent. Mais il y a plus. L'avionneur a grandement innové et pris un vrai risque commercial et technologique avec sa nouvelle génération d'appareils. C'est le genre d'initiative qu'on voudrait voir plus souvent ici et dont, par conséquent, on ne peut que souhaiter le succès.