On pensait avoir tout vu avec les tueries à répétition dans les écoles. L'histoire des trois adolescents américains accusés d'avoir abattu un jogger d'une balle dans le dos ajoute une nouvelle dimension à l'horreur, celle du meurtre gratuit commis dans le seul but de se divertir.

Christopher Lane était venu vivre un rêve américain, il a perdu la vie dans un cauchemar tout aussi américain. 

Sportif talentueux, cet Australien de 22 ans avait été sélectionné par l'équipe de baseball de l'Université East Central, en Oklahoma, y obtenant ainsi une bourse d'études. Les parents de sa petite amie habitaient à moins d'une heure et demie, à Duncan, une municipalité de 24 000 habitants.

C'est de là qu'il est parti pour aller courir. Quiconque aurait prédit qu'il mourait dans un fossé après s'être fait tirer dessus comme un animal se serait fait traiter de fou. De fait, la suite défie l'entendement. «On s'ennuyait et on n'avait rien à faire, alors on a décidé de tuer quelqu'un.» C'est ce qu'a expliqué l'un des accusés après son arrestation, a fait savoir le chef de police de Duncan.

Des ados désoeuvrés qui abattent un inconnu pour s'amuser? Pas dans un film, ni même dans une zone de guerre, mais dans une petite ville paisible du pays le plus riche au monde? Rien qu'à y penser, on se sent un peu sonné.

Il faudra attendre le procès pour comprendre ce qui s'est réellement passé, et pour savoir si le besoin de tromper l'ennui est bien à l'origine du drame, ou si les mots ont été mal choisis.

L'ex-vice-premier ministre australien Tim Fischer, dont le gouvernement avait resserré le contrôle des armes à feu de façon spectaculaire, ne s'est pas gêné pour dénoncer le laxisme américain. C'est un fait indéniable, bien qu'on ignore pour l'instant si l'arme utilisée a été obtenue légalement ou achetée au marché du noir.

Des commentateurs, s'appuyant sur des déclarations et des poses de gangsters trouvées sur les réseaux sociaux, ont aussi suggéré que certains des accusés auraient été motivés par une haine des Blancs.

Tout cela ne doit pas nous faire perdre de vue le problème de fond, qui va bien au-delà de la race ou de l'arme du crime: pourquoi de jeunes Américains en sont-ils venus à considérer que la meilleure chose à faire de leur journée était de commettre un meurtre gratuit?

On peut toujours se rassurer avec l'idée que sans une arme de poing (et une voiture, ce n'est pas un détail), les trois ados ne se seraient pas attaqués à cet athlète de 22 ans. Pourtant, rien ne dit qu'ils n'auraient pas jeté leur dévolu sur une victime plus facile. S'agit-il d'un cas unique, ou d'une nouvelle conception complètement démente du «divertissement» qui risque de faire des émules chez d'autres jeunes en mal de sensations fortes? Il serait dangereux de ne pas se poser la question.