D'abord le CRTC, puis le ministre de l'Industrie. En 24 heures, deux séries de mesures viennent d'être annoncées à Ottawa pour soutenir la concurrence dans la téléphonie cellulaire. Pas mal, mais il faudra davantage pour éviter que les nouveaux venus ne s'écrasent devant les fournisseurs établis.

«Nous n'accepterons aucun recul», a déclaré le ministre fédéral de l'Industrie hier matin. Christian Paradis n'avait pas le choix. Son gouvernement a favorisé l'émergence de nouveaux fournisseurs pour qu'ils chauffent les fesses à Rogers, Bell et Telus, mais plusieurs n'en mènent pas large. L'un d'eux, Mobilicity, a accepté l'offre de Telus. Un autre, Wind Mobile, est à vendre, et un troisième, Public Mobile, chercherait un acheteur.

Leur disparition, en plus de réduire les choix offerts aux consommateurs, menaçait de faire tomber leurs précieuses licences dans les coffres des trois grands. Une gifle pour ce gouvernement qui, justement, avait réservé du spectre pour permettre aux nouveaux venus de bâtir leurs réseaux. Heureusement, le ministre a mis son poing sur la table. Non seulement le transfert des licences de Mobilicity à Telus est refusé, mais toute demande ayant pour effet de réduire la concurrence le sera aussi.

Ces mesures s'ajoutent à celles annoncées la veille par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) qui, sous couvert d'aider les consommateurs, devraient amener de l'eau au moulin des nouveaux venus. La réduction de la durée des contrats à deux ans et l'obligation de déverrouiller les appareils rendront les clients moins captifs des géants.

C'est toutefois loin d'être suffisant. David contre Goliath, c'est sympathique, mais on ne s'attaque pas aux géants avec un tire-pois. David avait au moins des pierres à mettre dans sa fronde. Mobilicity, elle, a carrément manqué de munitions.

Pourquoi est-ce au Québec que les nouveaux fournisseurs ont gagné le plus de terrain? Parce que le plus important d'entre eux, Vidéotron, disposait de ressources considérables - une marque, une structure de vente et des revenus considérables. Est-ce à dire que les vrais David n'ont aucune chance? Cette vision défaitiste est un luxe que nous ne pouvons pas nous permettre. Avec leurs tarifs plus avantageux (de 23% à 37% en moyenne selon le CRTC), les nouveaux fournisseurs sont les seuls capables de tenir les trois gros en respect. Le pire est à craindre s'ils disparaissent.

Tout n'est pas perdu. Sitôt le transfert à Telus écarté, le fondateur de Wind a réitéré son intérêt pour Public Mobile. Et l'absence de restriction à la propriété étrangère pour les fournisseurs ayant moins de 10% du marché devrait les aider à trouver des capitaux. Mais le gouvernement Harper devra sans doute leur fournir d'autres munitions - des conditions plus favorables à la prochaine enchère de spectre, par exemple. Bref, s'il veut que la concurrence fonctionne, il devra encore infléchir les règles du marché. Une belle leçon de réalisme.