Comment fait-on pour creuser un trou record sans que personne ne s'en aperçoive? On recouvre le tout en surface afin que personne ne puisse voir à quel point on s'enfonce.

Ariane Krol LA PRESSE

Le déficit du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) pourrait atteindre 115 millions au 31 mars prochain, a confirmé hier le trio d'experts mandaté par Québec pour éclairer les parois du gouffre. Du jamais vu dans le réseau de la santé, qui en a pourtant vu d'autres.

Si l'administration du CUSM a pu se mettre autant dans le trou sans que personne ne réagisse, c'est que ceux qui étaient censés la surveiller n'avaient pas un portrait fidèle de la situation, indique le rapport. Le conseil d'administration était littéralement privé d'informations, et les documents soumis à l'agence de Montréal ainsi qu'au ministère de la Santé ne permettaient pas de mesurer les vrais impacts budgétaires et financiers des activités.

À quoi bon avoir une administration régionale à quelques stations de métro d'un établissement si ses responsables n'y voient pas mieux que le ministère situé à 2h30 de route de là? D'autant que l'agence, en prêtant de l'argent au CUSM pour l'aider à atteindre un équilibre budgétaire de façade l'an dernier, lui a donné un sursis - c'est-à-dire plus de temps pour s'enfoncer.

Notez qu'on parle ici de problèmes de gouvernance et de gestion financière au quotidien, et non du contrat de construction du futur hôpital, qui fait l'objet d'une enquête policière distincte.

Le méga-projet n'est toutefois pas étranger à certains des choix qui pèsent aujourd'hui sur les finances du CUSM. Des immeubles acquis dans une perspective d'expansion, parfois de façon un assez louvoyante, pourraient lui faire perdre beaucoup d'argent au cours des prochaines années. On sait aussi que près de 900 000 heures de travail non autorisées, sans lien avec l'intensité des soins ou le volume d'activité, ont été rémunérées entre 2009 et 2012. La planification du futur hôpital a-t-elle tant alourdi le fardeau administratif? Cela fait partie des points que le rapport d'experts n'a pas réussi à clarifier. C'est agaçant.

Plus agaçant encore: la facilité avec lesquels les responsables vont s'en tirer. Québec ne semble même pas intéressé à les identifier. L'ex-directeur général, qui fait l'objet de toutes sortes de soupçons et a quitté le pays, est bien pratique comme suspect, mais on ne creuse pas un trou de cette ampleur seul. Ça prend des bras.

La priorité du ministère, c'est que le CUSM remblaie ce trou béant au plus vite, et il ne lâchera pas l'hôpital d'une semelle d'ici là. Si le niveau n'a pas commencé à remonter dans six mois, la tutelle n'est pas loin.

On en convient, la situation n'a que trop traîné. L'urgence d'y remédier ne devrait cependant pas faire oublier l'importance du message. On sait maintenant à quel point il est facile de miner les finances d'un grand hôpital. N'en rajoutons pas en montrant à quel point il est facile de s'en tirer.