Après la pluie, le beau temps? Les efforts de reconstruction dans le sillage de l'ouragan Sandy génèreront une certaine activité économique, c'est vrai. Mais de là à parler de moteur de croissance...

Ariane Krol LA PRESSE

Maisons inondées ou brûlées, réseaux de transports et d'électricité paralysés, travailleurs évacués ou coincés à la maison, on a maintenant une bonne idée des ravages de l'ouragan Sandy. Pour ce qui est d'en chiffrer les coûts, par contre, on n'est guère plus avancé qu'avant son passage. La somme de 10 à 20 milliards évoquée alors tient toujours.

Le métro, les trois principaux aéroports new-yorkais et le train hors service, les routes bloquées par les arbres abattus et les quelque huit millions de clients privés d'électricité dans 15 états entraîneront d'importantes pertes de productivité.

La ruée vers les articles en prévision de la tempête et surtout, vers les matériaux, meubles et électroménagers nécessaires pour en effacer les traces, profitera à certains secteurs du commerce au détail. D'autres dépenses, jugées moins urgentes, risquent cependant de faiblir au cours des prochains mois. Restaurants, boutiques de vêtements et salles de spectacles vont peut-être trouver le temps long. Chose certaine, les trois derniers jours de ventes d'Halloween sont définitivement à l'eau.

Les Bourses qui rouvrent aujourd'hui pour la fin du mois auront un volume de transactions important à traiter. Pas assez, toutefois, pour compenser les frais perdus durant les deux journées sabotées par la tempête - du jamais vu depuis la fin du XIXe siècle.

L'ouragan Sandy pourrait rogner 0,02 point à la croissance du quatrième trimestre, et ajouter 0,08 point au trimestre suivant, indique la prévision médiane de 10 économistes sondés par Bloomberg. L'effet positif, à supposer qu'il y en ait un, sera minime.

Et c'est sans compter les incertitudes au sujet de l'immobilier. Les signes récents sont plutôt encourageants. La progression de 2% d'un indice de valeur des propriétés annoncée hier s'ajoute à l'importante augmentation des ventes de maisons neuves confirmée plus tôt ce mois-ci. Les dégâts causés par Sandy vont toutefois retarder les futures transactions, et pourraient même amener des propriétaires à faire défaut sur leur hypothèque.

Au moment d'écrire ces lignes, 39 décès étaient attribués à Sandy aux États-Unis. Chacun est de trop, mais compte tenu de l'ampleur de l'ouragan, qui a balayé un territoire habité par environ 60 millions de personnes, ç'aurait pu être bien pire. Équipée pour affronter les éléments et secourir les victimes, ayant les moyens de rebâtir les maisons et les infrastructures, la première puissance économique au monde a de la chance dans son malheur. Lorsqu'un désastre naturel de cette envergure survient, les chiffres les plus spectaculaires se mesurent en dollars, et non en vies humaines.

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