Après des années de négativisme, Montréal s'ouvre enfin à la restauration mobile. Les consultations débutent le mois prochain. La question à poser n'est pas si, mais comment la Ville doit développer cette offre complémentaire.

Une soirée thématique sur la cuisine de rue se tiendra demain soir à l'espace Scena, dans le Vieux-Port. Les participants pourront notamment s'y procurer des tacos et des glaces dans de pittoresques camions. À Toronto, Vancouver et dans plusieurs autres villes d'Amérique du Nord, il n'y aurait pas de quoi en faire un plat. Ici, ça demeure une rareté confinée à des événements ponctuels comme Juste pour rire, Omnivore ou les 1ers vendredis du Parc olympique.

Une aberration à laquelle la Ville semble heureusement près de mettre un terme. Le vice-président du conseil exécutif, Richard Deschamps, affiche un «préjugé favorable». Vision Montréal a déposé sa propre motion en faveur de la cuisine de rue, et Projet Montréal tient une conférence sur le sujet dans une semaine. L'administration Tremblay dit vouloir changer la réglementation avant la fin de l'année.

Cependant, la volonté politique est une flamme ténue. Et dans ce dossier, l'Association des restaurateurs du Québec va souffler très fort pour la faire vaciller. Espérons que des citoyens et des travailleurs participeront aux consultations, car la discussion ne doit pas se limiter aux intérêts des commerçants établis. D'autant que ceux-ci exagèrent grandement la menace de la cuisine sur roues.

Si les restaurants s'imaginent que chaque repas acheté à un camion est une vente qui leur échappe, c'est qu'ils n'ont rien compris à ce marché. Le client qui mange debout ou assis sur une chaîne de trottoir n'a généralement pas le temps ou l'envie d'aller au resto. Et, surtout, il a plus envie de la poutine au canard confit ou du sandwich inusité vendu par le camion que de ce qui est offert dans les environs.

La restauration ambulante étant interdite à Montréal depuis 65 ans, la Ville a la chance de partir à neuf. Elle devrait commencer avec un nombre limité de permis, imposer des critères de qualité et d'originalité, faire un appel de dossiers en bonne et due forme, et former un jury compétent et indépendant pour les évaluer.

Elle devrait aussi déterminer où ces camions pourront aller ou non - une distance minimale avec les restaurants ayant pignon sur rue serait sans doute bienvenue. Et se montrer aussi exigeante sur la salubrité des aliments et la propreté du domaine public.

Un «véhicule pouvant se déplacer dans lequel sont offerts des repas» n'est toutefois pas obligé d'avoir un module d'enregistrement des ventes (MEV). Ça ne plaira sans doute pas aux restaurateurs, qui se sont beaucoup plaints de ce coûteux dispositif. S'ils se sentent lésés, qu'ils demandent à Québec de modifier sa loi, car cette question ne relève pas de la Ville.

Bref, procédons intelligemment. Mais procédons.