L'expulsion des occupants du parc Zuccotti, à New York, impose de sérieuses remises en question. Aux groupements semblables, comme Occupons Montréal, et à tous les citoyens américains indignés du système actuel.

Le démantèlement de l'installation-phare, et les avis émis hier à Toronto et à Calgary, augmentent la pression sur les occupations restantes. La Ville de Montréal a beau demeurer conciliante, les protestataires du square Victoria n'ont pas le choix d'envisager cette éventualité. «Beaucoup y réfléchissent. On se retirerait, pour revenir en force ailleurs», a indiqué l'un d'eux à notre collègue Isabelle Audet.

Permettez-nous d'en douter. Si jamais Montréal ordonne la dispersion du campement, ce ne sera pas pour en tolérer un autre. La confrontation, et l'attention, se transporteraient devant les tribunaux, rendant le propos encore plus confus.

La question importante depuis le début n'est pas où, mais comment. Comment exprimer son opposition au système? Les évacuations forcent les occupants à s'interroger sur leur stratégie. Mais ils ne devraient pas être les seuls à le faire.

La représentativité est, depuis le début, le point faible des occupants. On est loin d'un mouvement spontané de victimes de la crise. Plusieurs de ces manifestants en résidence s'opposaient au système bien avant l'automne 2008. La conjoncture leur a seulement fourni une nouvelle occasion de se faire entendre. À l'inverse, bien peu de victimes directes de cette crise, qui sont pourtant légion aux États-Unis, sont allées planter leur tente dans un parc public.

Les critiques du système ne manquent pourtant pas chez nos voisins du Sud, où rien ne s'est amélioré en deux mois d'occupation. Ni la finance, dont les abus ont ravagé l'économie mondiale. Ni l'emprise des lobbies sur le politique. Ni les inégalités entre riches et pauvres, notamment dans l'accès aux soins de santé et à l'éducation, indignes d'un pays développé.

Représentatifs ou non, les occupants ont donné un visage au ras-le-bol de la population. Ça ne doit pas disparaître avec eux. Souhaitons que les Américains désireux d'avoir un meilleur système se fassent entendre. Plusieurs le font déjà, dans les médias traditionnels et sociaux, auprès de leurs élus, etc. Sont-ils prêts à faire plus? À descendre dans la rue si des manifestations quotidiennes remplacent les campements?

La question se pose aussi aux occupants. Viendront-ils manifester en aussi grand nombre s'ils doivent se déplacer à chaque jour? À Chicago, où le campement a été démantelé il y a trois semaines, les participants sont moins nombreux, mais ils réussissent à assurer une présence visible et dynamique. C'est là le véritable test. Un groupe qui disparaît de l'espace public sous prétexte qu'on lui interdit de s'y établir en permanence donnera raison à tous ses détracteurs qui considèrent l'occupation comme un happening sans substance.