Un travailleur canadien sur six est âgé de 55 ans ou plus. Un effet du vieillissement de la population, mais aussi du report de l'âge de la retraite.

Il y a 20 ans, on comptait trois travailleurs de 25 à 34 ans pour chacun de ceux âgés de 55 ans ou plus. Aujourd'hui, il ne reste que 1,3 jeune par travailleur âgé. D'où les sombres prédictions de pénurie de main-d'oeuvre, qui se font déjà sentir dans certains secteurs.

Mais cette hausse du taux d'emploi des 55 ans et plus pourrait bien atténuer certaines conséquences du vieillissement démographique, avance Statistique Canada dans un rapport publié hier. La substitution ne sera évidemment pas complète, surtout si les aînés choisissent de faire moins d'heures par semaine. La tendance mérite néanmoins d'être considérée.

D'autant que relève ou pas, les travailleurs sont de plus en plus nombreux à rester ou retourner sur le marché de l'emploi. Plusieurs le font par obligation, parce que la crise financière a torpillé leurs plans de retraite. Mais le mouvement s'est amorcé bien avant. En utilisant une méthode semblable à celle qui sert à évaluer l'espérance de vie, Statistique Canada a calculé le nombre d'années durant lesquelles une personne de 50 ans peut, en moyenne, espérer travailler. C'est ce qu'on appelle la «durée anticipée de vie en emploi». Or, cette participation au marché du travail a augmenté 3,5 ans depuis le milieu des années 90. La tendance à repousser l'âge de la retraite ne date donc pas d'hier.

Il faudrait voir si cette tendance canadienne se vérifie au Québec, où l'on prend sa retraite environ deux ans plus tôt qu'ailleurs au pays. Les dernières modifications au régime des rentes, qui ont réduit les prestations de ceux qui prennent leur retraite avant 65 ans et bonifié celles des travailleurs de plus de 65 ans, pourraient avoir une influence.

L'idée, en tout cas, commence à faire son chemin. La moitié des travailleurs québécois de 25 à 44 ans trouvent acceptable de travailler après 65 ans, montre un sondage SOM réalisé cet été pour la Régie des rentes et l'organisme Questions Retraite. Seulement un sur sept prévoit prendre sa retraite à 55 ans, contre un sur quatre il y a huit ans.

Une part de pessimisme quant aux capacités des fonds de retraite, et une part d'optimisme quant à leur envie de bosser jusqu'à un âge avancé teintent sans doute les réponses de ces 25-44 ans. Mais une bonne dose de réalisme aussi. L'amélioration de l'espérance de vie a augmenté le potentiel de vie active. L'allongement de la scolarité retarde l'entrée à temps plein sur le marché du travail. Et beaucoup de gens travaillent dans des conditions confortables où la plus grande menace à leur santé n'est pas l'effort physique, mais la sédentarité. Il faut s'ajuster.

C'est tout un apprentissage, notamment pour les employeurs. Pour tirer le meilleur de ces travailleurs-là, il faudra leur offrir des conditions souples et des mandats qui font appel à leur expérience.