Que faire pour que les Québécois aient accès aux coûteuses innovations pharmaceutiques contre le cancer? La commande que le ministre Bolduc vient de passer à l'Institut national d'excellence en santé et en services sociaux (INESSS) n'a rien de simple. Car la vraie question, c'est comment concilier la survie des patients et celle de notre système public.

On a vu le tollé suscité par les dernières recommandations de l'INESSS sur les traitements à ajouter à la liste des produits couverts par le régime d'assurance-médicaments. Plusieurs nouvelles molécules contre le cancer, dont trois pour le poumon et une pour le rein, n'y figurent pas. Pourquoi priver les Québécois de ces traitements auxquels on reconnaît pourtant une certaine valeur thérapeutique? Parce que, selon les critères appliqués à tous les nouveaux médicaments ici, ils ne nous en donneraient pas pour notre argent.

Le ministre veut que l'INESSS lui dise comment son processus d'évaluation pourrait être modifié afin que les malades aient accès à ces thérapies. On pourrait par exemple réduire l'importance des autres critères (comme le rapport coût-bénéfices) et en accorder plus à la valeur thérapeutique. Ou, même, ne considérer que celle-ci.

La réponse, il faut en être conscient, aura un prix. Une série de traitements avec de nouveaux médicaments contre le cancer coûte, selon la Société canadienne du cancer, 65 000$ en moyenne. Multipliez par le nombre de cas de cancer et de molécules du genre, qui iront tous deux en augmentant, et vous aurez une idée du mal de tête qui s'annonce.

Comment financer ça? En rognant dans les soins à d'autres malades? Le ministre devra s'expliquer, car la question ne concerne pas seulement les patients qui réclament ces médicaments, mais toute la population. Chaque État et chaque province faisant ses propres choix, les malades pourront toujours citer un autre endroit où ils seraient mieux traités.

Sauf que chaque régime prend ses décisions en fonction d'un contexte particulier. Certains systèmes de santé coûtent plus cher aux contribuables ou sont plus tolérants à l'endettement, d'autres paient moins leurs médecins ou ne couvrent qu'une partie de la population. Nous devons trouver nos solutions à l'intérieur du cadre que nous nous sommes donné.

Si Québec décide de payer ces traitements, il doit les obtenir au meilleur prix possible. Négocier avec les sociétés pharmaceutiques n'est jamais facile, mais d'autres pays, et probablement d'autres provinces, le font. Avec des résultats hélas difficiles à mesurer puisque les ententes sont secrètes.

Une chercheure associée au CIRANO, la professeure de droit Mélanie Bourassa Forcier*, a lancé une étude pour évaluer la possibilité de contrats plus transparents.

Que faire avec des thérapies que pratiquement aucun malade, et très peu de régimes publics, sont capables d'assumer? Si on veut qu'elles servent à ceux à qui elles sont destinées, tout le monde va devoir faire un bout de chemin.

*Professeure de droit à l'Université de Sherbrooke