Les entreprises canadiennes dépendent de moins en moins des États-Unis pour leurs exportations, se réjouit l'économiste en chef adjoint de la Banque CIBC. Une diversification que l'on constate aussi au Québec, mais avec des bémols.

La valeur des exportations canadiennes était, l'an dernier, à peu près la même qu'en 2001. Mais le client américain a beaucoup perdu en importance. En 2001, 87% des revenus de ventes à l'étranger provenaient des États-Unis. Depuis, cette proportion ne cesse de diminuer, jusqu'à glisser sous les 75% l'an dernier. «Les exportations canadiennes réelles sont 30% plus diversifiées qu'au début des années 2000», note Benjamin Tal dans un rapport publié lundi par Marchés mondiaux CIBC. Au point que la part destinée aux États-Unis est revenue aux niveaux d'avant l'ALÉNA.

Le Québec aussi commerce moins avec les Américains. Nos voisins ne fournissent plus que 68% de nos revenus d'exportation, contre 85% en 2001. Le hic, c'est que la valeur totale de nos ventes à l'étranger, pendant ce temps-là, n'a pas stagné comme dans le reste du Canada. Elle a dramatiquement fondu, de presque 17% en 10 ans. Ce repli, combiné à l'essor de nos importations, est en grande partie responsable de notre déficit commercial, qui a atteint l'an dernier son plus haut niveau des 20 dernières années.

Heureusement, on a un peu compensé avec les autres provinces. Les ventes dans le reste du pays ont augmenté de presque 40% depuis l'an 2000. Un marché qui n'est pas à dédaigner, surtout en cette période où les autres économies industrialisées sont si moroses. Mais pour revenir en situation de surplus commercial, et répartir les risques, il faut sortir de notre zone de confort canado-américaine.

Hélas, l'indispensable réduction de la dépendance envers le marché américain a longtemps été retardée par la faiblesse du dollar canadien... avec les résultats que l'on sait, lorsque les entreprises de tout le Canada ont commencé à perdre l'avantage du taux de change. On est aujourd'hui rendu bien au-delà, puisque c'est l'appétit même du consommateur américain qui est atteint, et qu'il faudra des années avant que l'économie de son pays ne lui redonne confiance.

Diversifier la destination et la nature de nos exportations n'est pas seulement nécessaire pour demeurer rentable, mais aussi pour se protéger de cette volatilité économique qui est appelée à devenir la norme, note Benjamin Tal.

Le Québec ne peut donc pas se contenter d'attendre la lointaine reprise de son client favori et regarder passer le train en Chine, au Brésil ou en Inde - pour ne nommer que les exemples les plus évidents. Évidemment, c'est cher, long, compliqué. Les entreprises doivent pouvoir compter sur un soutien gouvernemental à la hauteur de la tâche.