Le Bureau de la concurrence joue d'audace en affirmant que la coentreprise projetée par Air Canada et United Continental Holdings (UCH) est en réalité une fusion, et qu'elle fera grimper le prix des billets. Reste à voir si le Tribunal acceptera sa logique.

Ariane Krol LA PRESSE

Le Bureau de la concurrence joue d'audace en affirmant que la coentreprise projetée par Air Canada et United Continental Holdings (UCH) est en réalité une fusion, et qu'elle fera grimper le prix des billets. Reste à voir si le Tribunal acceptera sa logique.

Le recours a de quoi surprendre. L'annonce des deux transporteurs était passée presque inaperçue l'automne dernier. Et pour cause: Air Canada et UCH, membres de longue date de la Star Alliance, avaient présenté l'affaire comme un renforcement de leur partenariat.

Le Bureau de la concurrence a vu les choses d'un autre oeil et posé des questions. Le résultat a atterri au Tribunal de la concurrence cette semaine. Le Bureau demande de bloquer le projet, qui risque, selon lui, de faire grimper les tarifs sur 19 liaisons entre le Canada et les États-Unis. Ces liaisons, dont quatre concernent Montréal (New York, Washington, Chicago, Houston), se retrouveraient en situation de monopole ou quasi-monopole, ce qui risque d'entraîner une hausse de tarifs allant jusqu'à 15%, affirme le Bureau.

Les transporteurs ont mis leur projet sur la glace, mais n'en protestent pas moins. La coentreprise est non seulement conforme à la réglementation, mais avantageuse pour la clientèle, affirment-ils. Qui dit vrai? Difficile de prédire la décision du Tribunal, car une partie de la requête s'appuie sur de nouvelles dispositions de la Loi sur la concurrence qui n'ont jamais été testées.

Le Bureau considère en effet que les tarifs des 19 liaisons ciblées sont déjà gonflés, à cause de trois accords en vigueur entre les deux sociétés aériennes. De combien? L'organisme garde cette information pour sa plaidoirie.

Chose certaine, le Bureau a mis le doigt sur une tendance lourde. Après s'être regroupés au sein de larges alliances, les transporteurs s'affairent maintenant à approfondir leurs liens et à former des coentreprises avec certains de leurs partenaires. Une façon de réduire ses coûts et d'élargir sa clientèle sans avoir à se fusionner - une avenue de toute façon interdite à plusieurs à cause des règles de propriété étrangère.

Les accords existants entre Air Canada et UCH vont déjà très loin. Les deux se sont notamment entendus pour coordonner leurs prix, inventaires et horaires, leurs efforts de ventes et de marketing, ainsi que pour partager les coûts et les revenus, indique le Bureau de la concurrence. Où en sont-ils rendus? L'organisme ne le dit pas, mais il est clair que pour lui, la seule direction acceptable est la marche arrière.

On peut comprendre que cette industrie aux prises avec des problèmes de rentabilité chronique cherche des moyens de réduire ses coûts. Mais on ne peut pas accepter que les concurrents d'aujourd'hui s'entendent pour ne plus l'être demain, et créent des conditions de marché décourageant les autres de venir jouer dans leurs plates-bandes. Les gains d'efficacité doivent se faire au profit, et non au détriment de la clientèle.

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