Le Canada compte aujourd'hui un nombre record de médecins. Il n'y en a jamais eu autant depuis 30 ans, aussi bien en nombre absolu que par rapport à la taille de la population. Et pourtant, on n'a jamais tant parlé de pénurie. La résorber est-il le meilleur moyen de répondre aux besoins des patients? Rien n'est moins sûr.

Le Canada compte aujourd'hui un nombre record de médecins. Il n'y en a jamais eu autant depuis 30 ans, aussi bien en nombre absolu que par rapport à la taille de la population. Et pourtant, on n'a jamais tant parlé de pénurie. La résorber est-il le meilleur moyen de répondre aux besoins des patients? Rien n'est moins sûr.

On comptait l'an dernier plus de 68 000 médecins au Canada. C'est 87% de plus qu'en 1979, montrent les chiffres publiés hier par l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS). On dispose aujourd'hui de 201 médecins par 100 000 habitants, une augmentation de 34% en 30 ans.

Le Québec, malgré une hausse moins marquée (73%), n'a rien à envier aux autres provinces. À 221 médecins par 100 000 habitants, seule la Nouvelle-Écosse est mieux lotie que nous (231).

La base de données de l'ICIS ne dit pas combien travaillent uniquement en recherche, en santé publique ou dans l'administration. Rien, toutefois, n'indique que la proportion de médecins ne donnant pas de soins ait beaucoup augmenté depuis les années 80.

On n'a jamais eu autant de médecins et pourtant, il en manquerait presque 2000 au Québec. Environ 800 spécialistes et 1175 omnipraticiens, selon leurs fédérations respectives. On fait des efforts considérables pour augmenter le nombre de diplômés, en pensant que la résorption de cette pénurie est la stratégie à privilégier pour répondre aux besoins des Québécois.

«La demande en services de médecine dépend des besoins des Canadiens, mais aussi de la façon dont les soins sont organisés et du champ d'activité des autres professionnels de la santé», note l'ICIS.

Qu'il manque des spécialistes et des médecins de famille, ça ne fait pas de doute. Mais avec le temps qu'il faut pour les former, et la façon dont ils travaillent, on aurait intérêt à ne pas mettre tous nos oeufs dans ce panier-là.

Les étudiants en médecine valorisent davantage l'équilibre travail-vie que leurs aînés. C'est même leur plus important critère de réussite professionnelle, montre une enquête pancanadienne. Chez les spécialistes, les mères d'enfants de moins de 5 ans travaillent en moyenne 12 heures de moins par semaine que leurs collègues masculins. Or, le Québec est la province qui compte le plus de femmes médecins (41%), et cette tendance ira en s'accentuant.  

Ce n'est pas un reproche. Les nouveaux médecins ne sont pas différents des autres travailleurs de leur génération. Mais il faut en tenir compte. Et ne pas miser sur ces seuls renforts pour améliorer l'accès.

Puisque le temps des médecins, en particulier les omnis, est tellement rare, on devrait tout mettre en oeuvre pour ne pas le gaspiller. Maximiser le potentiel de l'informatique et des infirmières. Réduire la bureaucratie. Et réserver les médecins pour les gestes qu'eux seuls peuvent poser. On commence à peine à le faire. Lentement. Mollement.

C'est pourtant simple: si on n'organise pas mieux les soins, on n'aura jamais assez de médecins. Jamais.