L'avocat Marc Bellemare n'a pas lésiné sur les déclarations-chocs, hier devant la commission Bastarache. Sauf que rien, au terme de sa première journée de témoignage, ne permet de corroborer ses dires. La commission aura fort à faire pour démêler le vrai du faux.

L'avocat Marc Bellemare n'a pas lésiné sur les déclarations-chocs, hier devant la commission Bastarache. Sauf que rien, au terme de sa première journée de témoignage, ne permet de corroborer ses dires. La commission aura fort à faire pour démêler le vrai du faux.

«S'il te dit de nommer Bisson et Simard, nomme-les.» C'est ce que Jean Charest aurait répondu à son ministre de la Justice qui se plaignait des pressions d'un important solliciteur de fonds du parti Franco Fava. Si Marc Bellemare dit vrai, c'est énorme. Sauf que rien, pour l'instant, ne nous prouve que le premier ministre a vraiment prononcé ces paroles, le soir du 2 septembre 2003, lors d'une rencontre en tête-à-tête

Que Me Bellemare fasse preuve d'un grand calme et d'une excellente mémoire ne change rien à l'affaire. Qu'il se souvienne du mobilier et du fait que M. Charest lui a servi un Perrier non plus. C'est le genre de détails qu'un auteur de fiction insère dans son récit pour lui donner un air de vraisemblance. Du point de vue narratif, son témoignage est impeccable. Ses affirmations sont claires et sans ambiguïté. Il les répète sans s'impatienter et pratiquement sans se contredire. Mais il en faudra bien davantage pour que la commission retienne sa version accablante des faits.

La crédibilité des témoins, on le sait, sera déterminante dans l'issue de l'exercice. Sauf qu'on ne parle pas ici de leur image dans l'opinion publique. Celle de Me Bellemare, on l'a vu dans le sondage publié dans La Presse lundi, résiste étonnamment bien à ses contradictions des derniers mois. Plus de la moitié de la population le juge plus crédible que le gouvernement Charest ; à peine plus de 10% pense le contraire.

La crédibilité déterminante est celle qui s'établira au fil des audiences. Marc Bellemare a vécu sa journée la plus facile hier. Le procureur en chef de la commission l'a interrogé avec délicatesse, s'excusant presque d'insister sur certains points. Les avocats des autres participants ne porteront pas de gants blancs en contre-interrogatoire. On saura alors que ce que vaut la belle assurance de M. Bellemare.

L'absence de tiers aux rencontres où M. Charest aurait donné sa bénédiction à l'ingérence de Franco Fava ne sert évidemment pas le témoignage de M. Bellemare. Le fait que ce dernier ne se soit pas alors confié à des membres de son entourage qui pourraient aujourd'hui corroborer ses dires lui nuit encore davantage. On a donc hâte de voir ce que diront les quelques personnes qui, comme l'ex-chef de cabinet Michel Gagnon, auraient assisté à des rencontres entre MM. Bellemare et Fava.

On a aussi très hâte de voir comment la commission interrogera le premier ministre. En conférence de presse hier, il a répété que son ex-ministre ne l'avait jamais informé de tentatives d'influence et, évidemment, nié lui avoir demandé d'y céder. Sur ce point, ce sera une parole contre l'autre.

Les liens avec Franco Fava, par contre, devront être clarifiés. Ce n'est pas un proche, je le vois deux-trois fois l'an et je n'étais pas avec lui le soir de l'élection 2003, soutient M. Charest, contredisant encore une fois M. Bellemare. Sauf que là-dessus, on devrait facilement trouver des témoins pour déterminer qui dit vrai.