Ajouter une mention spécifique des meurtres d'honneur dans le Code criminel, comme l'a suggéré cette semaine la ministre fédérale de la Condition féminine, Rona Ambrose, est une idée qui peut sembler séduisante, mais qui ne serait d'aucune utilité.

Ariane Krol LA PRESSE

Ajouter une mention spécifique des meurtres d'honneur dans le Code criminel, comme l'a suggéré cette semaine la ministre fédérale de la Condition féminine, Rona Ambrose, est une idée qui peut sembler séduisante, mais qui ne serait d'aucune utilité.

Rappelons que ces meurtres sont rarissimes au Canada. Une douzaine depuis 2002, note un rapport publié cette semaine. Ils ne sont pas l'apanage de la religion musulmane, mais d'un système de valeurs archaïque qui place la réputation de la famille au-dessus de tout. Dans ce contexte, l'élimination du membre, généralement féminin, qui défie les règles imposées, est considérée comme un devoir, et non un acte répréhensible. Faut-il pour autant le mentionner de façon explicite dans le Code criminel?

«C'est quelque chose que nous envisageons», a indiqué Mme Ambrose lundi. Le bureau de son collègue à la Justice a beau l'avoir démenti, la ministre laisse la porte entrouverte. «Nous considérons toutes les options», a-t-elle dit à Montréal jeudi. Nous croyons au contraire qu'il faut faire une croix sur cette option-là.

Inutile d'ajouter le meurtre d'honneur à la liste des circonstances aggravantes du Code criminel. D'abord parce que des alinéas existants, comme la haine fondée sur le sexe, l'abus d'autorité ou les mauvais traitements envers un mineur, pourraient déjà s'appliquer à ces crimes. Ensuite parce que démontrer qu'on a affaire à un crime d'honneur est plus difficile qu'il n'y paraît. Et finalement parce que rien n'indique, dans les rares procès tenus jusqu'ici, que nos juges sous-estiment la gravité de ces actes. Nul besoin, donc, de créer une catégorie spéciale dans le Code pour les sensibiliser.

La ministre Ambrose avait heureusement autre chose à proposer. «Les leaders des communautés culturelles doivent exprimer leur opposition aux crimes soi-disant d'honneur et à l'oppression des femmes et des filles», a-t-elle souligné à plusieurs reprises à Montréal.

Les tribunaux canadiens doivent continuer à faire preuve d'une grande sévérité envers ces actes révoltants. Leur potentiel de dissuasion est cependant très limité. Leur message ne se rend pas aux immigrants de fraîche date, ni à ceux qui vivent en vase clos. Les leaders civils et religieux, par contre, ont beaucoup d'influence dans les communautés où se commettent les crimes d'honneur. Leur opinion a mille fois plus d'impact qu'un paragraphe réprobateur comme celui qui a été ajouté récemment au guide sur la citoyenneté d'Immigration Canada.

Or, bien peu de ces leaders se lèvent pour dénoncer la barbarie de ces crimes. Un silence dangereux, qui donne l'impression qu'ils les cautionnent. Et que leur communauté, voire même l'ensemble des musulmans, les cautionnent également. Ce n'est pas le cas? Nous sommes bien prêts à le croire. Mais qu'ils se donnent la peine de le dire, haut et fort.

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