«Le choix qu'on a fait, c'est un choix politique et un choix de population», a expliqué le ministre de la Santé hier en conférence de presse. De fait, le programme de procréation assistée qui sera offert à partir du 5 août répond bien plus à des questions de popularité que de maladie. Pourquoi alors est-ce le réseau de la santé, dont les budgets ne suffisent déjà pas aux besoins de la population existante, qui doit en assumer les coûts et contrecoups?

Ariane Krol LA PRESSE

«Le choix qu'on a fait, c'est un choix politique et un choix de population», a expliqué le ministre de la Santé hier en conférence de presse. De fait, le programme de procréation assistée qui sera offert à partir du 5 août répond bien plus à des questions de popularité que de maladie. Pourquoi alors est-ce le réseau de la santé, dont les budgets ne suffisent déjà pas aux besoins de la population existante, qui doit en assumer les coûts et contrecoups?

Il a beaucoup été question de couples, et de l'infertilité considérée comme une maladie, lors de l'annonce d'hier. Mais il faut savoir que la nouvelle loi québécoise sur la procréation assistée couvre une clientèle beaucoup plus large.

Pas nécessaire d'être en couple : les femmes seules aussi pourront recevoir des traitements payés par l'État. Pas nécessaire non plus d'avoir des problèmes de fertilité. Dans le cas des femmes seules, comme dans celui des femmes homosexuelles, c'est d'abord à l'absence de géniteur que le régime public viendra suppléer. L'insémination artificielle, moins coûteuse que la fertilisation in vitro (FIV), devrait donc suffire dans plusieurs cas. C'est toujours ça de pris.

La notion d'infertilité est par ailleurs prise au sens très large, car la loi couvre toutes les femmes en âge de procréer. On sait pourtant que la fertilité diminue de façon marquée après 35 ans. Ne pas arriver à concevoir dans la quarantaine, est-ce vraiment une condition qui a besoin d'être traitée?

Peu importe, le service sera offert. Dans cinq ans, quand les hôpitaux et les cliniques privées pourront répondre à toute la demande, il en coûtera 63 millions de dollars par an, calcule Québec. Ce sera à surveiller, puisqu'il y a quatre mois, on parlait plutôt de 80 millions.

De plus, cette somme ne couvre que les traitements. Elle exclut les investissements requis pour que d'autres centres hospitaliers puissent les offrir dans le système public, comme le souhaite Québec, et les soins de santé que nécessiteront toutes ces naissances supplémentaires.

Et il ne s'agit pas que d'argent. Déjà, il manque de gynécologues pour suivre les grossesses et les unités de néonatalogie sont pleines. Qui s'occupera de ces femmes enceintes supplémentaires? Où accoucheront-elles?

Et même si le régime public limite le nombre d'embryons implantés lors d'une FIV, ces interventions vont presque tripler. Le nombre total de grossesses multiples et de prématurés pourrait donc augmenter, au lieu de diminuer comme l'espère le ministre.

Le gouvernement Charest a fait le choix politique et démographique d'aider financièrement les femmes qui souhaitent utiliser les techniques de procréation assistée. Mais en refusant d'augmenter le budget de la Santé en conséquence, il fait payer la note à tous les autres patients, qui ne reçoivent déjà pas les services dont ils ont besoin. Franchement, il n'y a vraiment pas de quoi se pavaner en conférence de presse.

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