Chaque cinq ans, Statistique Canada organise une gigantesque séance de photo de groupe d'un bout à l'autre du pays. C'est ce qu'on appelle le recensement - l'enquête qui nous fournit l'image la plus précise de la population canadienne. Du moins, c'était le cas avant que le ministre Tony Clement ne bouscule l'appareil. Le prochain portrait, tiré en 2011, s'annonce dangereusement flou.

Ariane Krol LA PRESSE

Chaque cinq ans, Statistique Canada organise une gigantesque séance de photo de groupe d'un bout à l'autre du pays. C'est ce qu'on appelle le recensement - l'enquête qui nous fournit l'image la plus précise de la population canadienne. Du moins, c'était le cas avant que le ministre Tony Clement ne bouscule l'appareil. Le prochain portrait, tiré en 2011, s'annonce dangereusement flou.

La nouvelle est parue en catimini dans la Gazette du Canada, le samedi 26 juin. La version longue du questionnaire du recensement est abolie, et remplacée par une nouvelle Enquête nationale auprès des ménages. Différence fondamentale: il ne sera plus obligatoire d'y répondre. Seul le bref formulaire de base (sexe, âge, état civil) sera imposé.

La saison, on en conviendra, est peu propice à la mobilisation. Le ministre fédéral de l'Industrie misait-il là-dessus? C'est raté. Sa décision, prise sans consultation, est critiquée de toutes parts. Des chercheurs, des urbanistes, des municipalités, jusqu'à l'ex-grand patron de Statistique Canada dénoncent ce changement qui minera la valeur de notre plus importante enquête nationale.

Non seulement le taux de réponse général va-t-il chuter, mais il risque d'être encore plus faible dans certains groupes moins portés à répondre aux questionnaires (milieux défavorisés, nouveaux arrivants, régions éloignées, etc.) Une perte de représentativité problématique, car le recensement est un étalon fort utilisé.

Il sert notamment à calibrer de nombreux programmes gouvernementaux. Si les minorités visibles, les petites communautés ou les moins nantis sont sous-représentés dans les statistiques officielles, ils ne recevront pas toute l'aide à laquelle ils auraient droit.

Le recensement est aussi un outil de référence pour d'innombrables enquêtes publiques et privées. S'il n'est plus représentatif de la population, aucun échantillon s'en inspirant ne pourra l'être.

L'obligation de répondre au questionnaire détaillé a été levée parce que beaucoup de Canadiens se plaignaient de son caractère coercitif et intrusif, a indiqué le ministre Clement à La Presse Canadienne.

De fait, le recensement de 2006 a suscité de la résistance. Mais c'est surtout à cause du contrat d'informatique accordé par StatCan à la société américaine Lockheed Martin, réputée pour ses activités militaires. Une femme qui a refusé de répondre pour cette raison est d'ailleurs poursuivie en cour provinciale de la Saskatchewan.

Cette controverse ne doit pas nous faire perdre l'essentiel de vue : la nécessité d'un portrait aussi exact que possible de la population. L'obligation de participer a donné un taux de réponse de 96,5 % au dernier recensement. Pourquoi se priver d'un tel niveau de clarté?

La collecte de données ne commence qu'en mai 2011. Il est encore temps d'ajuster votre objectif, M. Clement. Quant au procès, laissez-le suivre son cours. Il sera toujours temps de réagir à un éventuel jugement.