Le public trouvait que Vincent Lacroix n'avait pas passé assez de temps en prison? L'y voilà de retour pour un bout de temps. Le revirement, toutefois, en déçoit plusieurs, car il coupe court au procès. Sauf que ce procès les aurait sans doute déçus tout autant, faute de révélations spectaculaires.

Le passage de Lacroix au criminel suscitait d'énormes attentes, pas seulement chez ses victimes. Le premier procès intenté au pénal par l'Autorité des marchés financiers (AMF) en avait laissé plusieurs sur leur faim, même avant que la peine ne soit raccourcie. On attendait «la vraie affaire», au propre comme au figuré. On en attendait probablement trop.

 

On ne saura jamais la vérité, déploraient certains hier. C'est probable, mais ce deuxième recours contre Lacroix n'y aurait pas changé grand-chose. La preuve a déjà été bien établie au pénal. Si la Couronne dispose de nouveaux éléments, elle pourra les présenter au procès des cinq autres coaccusés.

Il était important que Lacroix soit jugé au criminel puisque les accusations qui y sont portées diffèrent de celles, plus restreintes, pour lesquelles il a déjà été condamné. Mais il n'en est pas moins jugé parce qu'il a plaidé coupable à toutes les accusations qui pesaient contre lui. Le juge, on l'a vu, l'a renvoyé illico derrière les barreaux. Et entre les 14 ans réclamés par la Couronne et la dizaine d'années proposées par son avocate, il ne ressortira pas demain matin. On pourrait difficilement prétendre que justice n'aura pas été rendue... à moins de se plaindre d'avoir été privé d'un coûteux spectacle de quatre mois!

Il reste toujours des zones obscures dans l'affaire Norbourg. Mais il y a aussi des mythes qui ont la vie dure. Celui du magot, par exemple. Une fortune qu'on imagine planquée dans une banque bordée de cocotiers, qu'on pourrait récupérer pour rembourser les victimes. Hélas! Selon toute vraisemblance, ce prix de consolation n'existe pas. Les experts qui ont recoupé les entrées et les sorties de fonds de Norbourg ont retrouvé la trace de presque toutes les dépenses, soit environ 115 millions. Même s'il restait un peu d'argent égaré dans la nature, ça ne suffirait pas à dédommager les quelque 9000 victimes. De toute façon, Lacroix a toujours maintenu sa version des faits. Quatre mois de procès n'y auraient rien changé. Il faudra bien finir par faire le deuil de ce butin mythique. Si les victimes reçoivent un jour compensation, ce sera par l'entremise du recours collectif qui a été intenté en leur nom contre d'autres protagonistes de ce scandale, dont l'Autorité des marchés financiers et le gardien de valeurs Northern Trust. Un procès qui ne débutera pas avant un an, au plus tôt.