«Nous ne reviendrons pas à ces comportements téméraires ni à ces excès débridés qui ont joué un rôle central dans la crise», déclarait récemment Barack Obama dans un discours à l'intention de Wall Street. Vraiment? C'est ce que nous verrons cette semaine à Pittsburgh, à la réunion du G20. Un an après la déroute de Lehman Brothers, les Européens sont plus déterminés que jamais à restreindre les primes des banquiers. Une démonstration de force qui peut plaire à l'électorat, mais qui risque fort de rater sa cible.

L'Union européenne ne va pas jusqu'à plafonner les primes, mais elle veut imposer de sévères restrictions. Les bonis seraient liés au rendement à long terme et devraient même être remboursés par le dirigeant en cas de contre-performance. Contre toute attente, les États-Unis, ou du moins la Réserve fédérale, ont fait un pas dans cette direction. La Fed, rapporte le Wall Street Journal, ne surveillerait pas seulement les primes des patrons, mais tous les aspects de la rémunération qui pourraient mettre en péril la solvabilité d'une institution financière.

 

Le projet, on s'en doute, fait grincer bien des dents. La Fed va fausser les règles du libre-marché, interférer dans les décisions des conseils d'administration et jouer dans les plates-bandes du Congrès, disent ses détracteurs. Mais il y a pire.

En s'attaquant aux primes des banquiers, les États cherchent avant tout à réformer un système de mesures incitatives jugé dangereux. Un système qui encourage la prise de risques excessifs et la quête de gains rapides au détriment de la prospérité à long terme des entreprises. Quand une trop grande partie de vos gains personnels dépend du volume de prêts que vous générez, il se peut que vous deveniez moins regardant sur la qualité des emprunteurs. Des remises en question s'imposent pour que les primes à la performance retrouvent leur véritable sens.

Cela dit, il serait naïf de croire que les financiers vont regarder fondre leur rémunération sans broncher. Si les politiciens réduisent leurs primes, ils s'arrangeront pour se faire payer autrement. C'est ce que tout le secteur privé a fait lorsque l'administration Clinton a interdit aux entreprises de déduire plus d'un million de dollars pour le salaire d'un haut dirigeant. Les primes et les options d'achat d'actions ont gagné en importance... avec les résultats que l'on connaît.

Si les membres du G20 veulent renforcer le système bancaire, ils vont devoir s'intéresser à des aspects plus fondamentaux de l'industrie, comme les ratios de levier financiers - le nombre de dollars qu'une banque peut emprunter pour chaque dollar qu'elle possède. Un principe pas mal moins sexy, mais autrement plus porteur, que les primes des grosses gommes de Wall Street. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour laquelle les banques canadiennes s'en tirent beaucoup mieux que les autres depuis un an.