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Refinancer l'agriculture

Il est rare qu'un rapport commandé par le gouvernement réinvente complètement le système qu'il a pour mandat d'analyser. C'est ce que fait le rapport Saint-Pierre sur le soutien financier à l'agriculture, rendu public récemment. Le modèle qu'il propose est-il viable? Il faudra voir avant de l'implanter. Chose certaine, on ne peut pas fermer les yeux sur le diagnostic qu'il pose.

Le régime d'assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA) a été créé en 1975 pour amortir le choc des variations de prix des denrées. Sans ce filet de sécurité, il ne resterait plus beaucoup de fermes moyennes dans le paysage québécois. Les soubresauts du marché sont tels que seules les très grandes exploitations, et celles qui développent des créneaux très spécialisés, sont capables d'y résister.

 

Ce programme a du bon, mais il a aussi des effets pervers. Pour certains producteurs, c'est carrément devenu une béquille, note Michel Saint-Pierre, un ancien sous-ministre à l'Agriculture qui a également dirigé la Financière agricole. En principe, le budget de l'ASRA devrait s'équilibrer de lui-même. Quand les prix courants ne couvrent pas les dépenses des producteurs, ceux-ci reçoivent une indemnité. Les années fastes, la caisse est censée se renflouer. Mais certains secteurs, comme l'agneau, n'ont jamais réussi à le faire. Ils survivent année après année grâce aux chèques de l'ASRA.

De plus, les agriculteurs et les banquiers ont tendance à privilégier les 17 productions «stabilisées», un biais parfois désastreux pour la diversification. C'est ainsi que les meilleures vignes du Québec, celles de la maison Dietrich-Jooss, ont été arrachées il y a quelques années pour faire place à un champ de maïs. Une production assurable comme le maïs-grain offre une bien meilleure garantie de rentabilité! Les maraîchers, dont les légumes ne sont pas couverts par l'ASRA, ont encore de la difficulté à acheter des terres dans les régions où il se cultive du maïs, nous dit-on. Aux yeux d'un banquier, leur dossier est moins rassurant que celui d'un producteur soutenu par l'ASRA.

À cela s'ajoute le déficit du Fonds d'assurance stabilisation, qui frise les 800 millions. Trop gros pour espérer que les coffres se renflouent d'eux-mêmes.

Nous ne suggérons pas de couper les vivres à l'agriculture, tous les pays industrialisés soutiennent cette activité. Mais il va falloir arrêter de compter sur l'ASRA pour régler tous les problèmes. Le taux d'endettement moyen des fermes est beaucoup plus élevé au Québec qu'ailleurs en Amérique du Nord. Il faudrait y voir avant que les taux d'intérêt ne se mettent à remonter. Et même dans les secteurs qui ont toujours dépendu de l'ASRA, comme l'agneau, il y a des éleveurs qui réussissent très bien. Pourquoi ne pas aider les autres à devenir plus rentables, au lieu de leur envoyer un chèque année après année pour compenser le fait qu'ils ne le sont pas?

Le nouveau système proposé par Michel Saint-Pierre est trop technique pour que nous entrions ici dans les détails. Le ministre de l'Agriculture lui-même a demandé plus de temps pour l'analyser. Il ne faudrait pas en profiter pour faire disparaître le rapport sur une tablette. Car les problèmes qu'il signale, eux, ne disparaîtront pas d'eux-mêmes.

 




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