Le futur CHUM franchira une étape importante aujourd'hui. Son conseil d'administration doit approuver l'appel de propositions qui permettra d'ouvrir officiellement la compétition entre les deux groupes intéressés par ce projet en partenariat public-privé (PPP). Mais le contexte financier actuel impose une sérieuse remise en question.

Nous l'avons maintes fois répété dans ces pages, le mode PPP n'est pas l'idéal pour un hôpital universitaire de cette envergure. C'est une formule qui, pour ce type d'établissement, impose beaucoup de lourdeur et de complexité, sans avoir démontré d'avantages significatifs. Pourtant, lorsque Québec a confirmé sa préférence pour ce mode, en juin 2007, nous avons reconnu que le débat était clos et invité la communauté à se concentrer sur l'essentiel: la réalisation du projet.

Toutefois, beaucoup de choses ont changé au cours des derniers mois. Le contexte n'est plus du tout le même qu'il y a deux ans. Les consortiums qui réalisent des projets en PPP ne sont pas épargnés par la crise du crédit. Ils n'arrivent plus à trouver le financement dont ils ont besoin auprès du secteur privé et appellent les gouvernements à l'aide. C'est un problème majeur.

La Grande-Bretagne a récemment dû se transformer en banquier pour éviter que des dizaines de projets d'écoles, d'autoroutes et d'hôpitaux en PPP ne soient paralysés. L'État prêtera entre 1,8 et 3,6 milliards de livres sterling aux consortiums incapables de boucler leur financement. Au Canada, la Colombie-Britannique a dû faire marche arrière et revenir au mode conventionnel pour la construction d'une importante infrastructure à péage, le pont Port Mann. La province financera seule les 2,5 milliards de dollars nécessaires à sa construction.

Plus près de chez nous encore, le gouvernement québécois a accepté de verser 75 millions de dollars dès qu'il prendra possession de la future salle de l'orchestre symphonique, au lieu d'étaler la facture totale sur 30 ans comme c'était prévu à l'origine. Les consortiums en lice pour le CHUM ont des problèmes de financement eux aussi, mais Québec n'a pas encore précisé comment il les aidera. La réponse, nous dit-on, viendra dans quelques semaines. Le recours au mode PPP, toutefois, n'est pas remis en question.

Voilà qui est étonnant. Imaginons un instant que l'exercice visant à choisir entre les modes conventionnel et PPP ait été fait en 2009 plutôt qu'il y a deux ans. Considèrerait-on le mode PPP avec autant d'enthousiasme si les groupes intéressés étaient incapables de se financer? Impossible, c'est un facteur trop important. Si l'État s'implique dans le financement, il assume une partie du risque qui, en PPP, devrait revenir au privé. La formule perd beaucoup de son attrait.

L'appel de propositions retenu par le conseil du CHUM devra ensuite être approuvé par le conseil des ministres. Va-t-on voter machinalement pour le statu quo, en évitant le questionnement qui s'impose? Ce serait irresponsable. La Colombie-Britannique a eu le courage d'admettre que dans le contexte actuel, le mode PPP ne convenait plus à son projet. Et le gouvernement Charest ne veut même pas inclure ce scénario dans sa réflexion sur le CHUM? C'est inquiétant.