Il y a quelque chose de presque suranné dans le nouveau rapport de Statistique Canada sur la consommation des ménages. La photo est récente, mais c'est déjà celle d'une autre époque. L'insouciance avec laquelle nous avons dépensé en 2007 ne reviendra pas de sitôt.

Le ménage canadien moyen a sorti près de 70 000 $ de ses poches l'an dernier, soit 3,3 % de plus que l'année précédente. Et pas uniquement à cause de l'inflation: celle-ci n'a progressé que de 2,2 % durant cette période. Nous avons bel et bien dépensé plus. Sur quoi? À peu près tout, montrent les données de StatCan. Le logement, bien sûr, mais aussi le transport, les vêtements, la bouffe, l'alcool, les loisirs.

 

Les seuls postes budgétaires auxquels on consacre moins d'argent qu'avant sont le tabac (bravo!), les jeux de hasard et, ce qui n'est pas nécessairement une bonne nouvelle, la lecture. Les mêmes tendances s'observent au Québec avec, en prime, un désintérêt marqué pour l'ameublement et les équipements ménagers. Avec presque 6000 $ de moins à dépenser que la moyenne canadienne, il faut bien faire des choix.

On saura bientôt à quel point la crise financière a freiné nos élans de magasinage des Fêtes. Les détaillants québécois ont attaqué la saison en lion, en claironnant que tout allait aussi bien que l'an dernier Madame la marquise. Mais les rabais spectaculaires des dernières semaines trahissent le contraire. Certaines boutiques cassent les prix comme si c'était leur dernière chance d'appâter le client.

Elles n'ont peut-être pas tort. On connaît l'effet gueule de bois du relevé de carte de crédit de janvier. Sur fond de mauvaises nouvelles économiques, il risque de cogner encore plus fort. À peine plus d'un Canadien sur cinq s'attend à ce que sa situation financière s'améliore au cours des six prochains mois, nous apprenait le Conference Board lundi. Pas étonnant que l'indice de confiance des consommateurs ait continué à dégringoler en décembre. Il n'a jamais été si bas depuis la récession de 1981-82.

Pourtant, certains cadeaux gardent la cote. Neuf Canadiens sur 10 prévoyaient demander des produits électroniques pour Noël, nous apprenait Léger Marketing en novembre. Le sondage a été réalisé pour Future Shop, mais il suffit de regarder autour de soi pour confirmer la tendance.

C'est peut-être parce que nous avons déjà tout le reste. Les données de StatCan sont éloquentes. Sur dix ménages, seuls deux ou trois n'ont pas de lecteur de CD ou de DVD, ou d'ordinateur. La présence de ces appareils dans les foyers s'est accélérée au cours des dernières années. Ceux qui pouvaient se les offrir l'ont sans doute déjà fait. D'autres articles plus domestiques, comme le lave-vaisselle, le deuxième réfrigérateur et le climatiseur ont aussi gagné en popularité. Quand on a tout le nécessaire et pas mal de confort, il ne reste pas grand-chose à acheter. Il faut se rabattre sur la nouveauté. Ainsi, les gadgets autrefois destinés à des clientèles ciblées, comme les consoles de jeux vidéo, attirent un public de plus en plus large.

Le Canadien moyen restreindra peut-être ses achats en 2009, mais il ne vivra pas dans le dénuement pour autant. Saura-t-il l'apprécier? C'est le bonheur que nous lui souhaitons.