Le rachat de BCE par Teachers' est mort hier de sa mort annoncée. L'échec de cette énorme acquisition par endettement marque la fin d'une époque enfiévrée où les marchés ont voulu croire que tout était possible.

La transaction endetterait BCE au point de la rendre insolvable, a conclu récemment la firme KPMG en évoquant «les conditions actuelles du marché». Dès l'annonce de l'opération, il y a 18 mois, il s'est trouvé des sceptiques pour douter de sa viabilité. Mais ils étaient alors en minorité. Un an et demi de débâcle économique a fini par leur donner raison. Cette privatisation ratée aura de la compagnie au cimetière des montages financiers. Selon l'agence Bloomberg, plus de 55 milliards de dollars d'acquisitions par endettement ont tourné court depuis le mois d'août 2007. Et plusieurs autres transactions ne se sont conclues qu'au prix d'énormes concessions.

 

Une porte se referme aussi pour les patrons qui peinent à faire monter leur titre en Bourse. Nombre d'entre eux ont réussi à sauver la face en trouvant un acquéreur disposé à payer une forte prime pour mettre le grappin sur leur société. Un raccourci critiqué, mais efficace pour enrichir les actionnaires. Les dirigeants d'entreprise, comme on le sait, n'ont pas manqué d'en profiter. Cette fuite en avant sera désormais difficile. Et c'est là qu'on verra les vrais leaders émerger. Ceux qui sauront manoeuvrer dans la tempête tout en gardant le cap sur la reprise finiront forcément par se démarquer.

Pour le nouveau président de BCE, George Cope, ce sera un véritable test. L'ex-numéro un de Telus Mobilité et de Clearnet n'a pas perdu son temps depuis sa nomination. En quelques mois seulement, il a élagué les rangs de la direction et s'est entendu avec Telus pour partager la facture des réseaux sans fil de nouvelle génération. La direction de Teachers a-t-elle pesé dans ces décisions? Chose certaine, elles n'ont pas pu être prises sans son approbation tacite. Libéré de cette ombre, et de l'énorme dette avec laquelle les acquéreurs s'apprêtaient à plomber le bilan, George Cope pourra donner la vraie mesure de sa vision et de sa capacité d'exécution. Le temps lui est compté. Talonné par la concurrence, le géant canadien des télécoms devra consentir des investissements importants pour garantir la pertinence future de son réseau.

L'échec de cette transaction, quoique largement anticipé, représente évidemment une déception majeure pour les actionnaires de BCE. Chacun doit maintenant se demander que faire avec ce titre. L'incertitude économique actuelle ne facilite en rien cette décision. L'avenir de la société repose plus que jamais sur ses dirigeants. Les gestes qu'ils poseront au cours de la prochaine année seront déterminants. C'est ce qui, en rétrospective, donnera tout son sens à la page qui vient d'être tournée. Le 11 décembre 2008 marquera le début d'une ère nouvelle... ou le début de la fin.

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