Plus que des mesures économiques renversantes, c'est le ton du ministre des Finances qu'il faudra surveiller cet après-midi, lors de la présentation de son énoncé économique, à Ottawa. Jusqu'ici, le gouvernement conservateur a tout fait pour minimiser les difficultés qui attendent le Canada. Mais avec les prévisions de l'OCDE et les plus récents signes vitaux de l'économie américaine, il n'est plus possible de se cacher la tête dans le sable.

Jim Flaherty a attendu jusqu'au week-end dernier pour parler de récession. Et encore, du bout des lèvres, en la qualifiant de «technique», comme s'il voulait suggérer que les Canadiens n'en ressentiraient pas les effets. L'Organisation de coopération et de développement économique a remis les pendules à l'heure mardi. L'activité économique canadienne va continuer à se détériorer, nous dit l'OCDE. Oubliez la croissance, même anémique: le PIB va bel et bien régresser l'an prochain. Mais ce sont surtout les perspectives mondiales qui donnent froid dans le dos.

 

«De nombreux pays de l'OCDE subissent ou vont connaître une récession prolongée d'une ampleur qui est sans précédent depuis le début des années 80», prévient l'organisme, en ajoutant que ses prévisions sont marquées d'une «extrême incertitude». La reprise de notre voisin américain, notre plus gros client, « sera probablement languissante, la consommation étant freinée par les fortes pertes patrimoniales des ménages».

Les données publiées hier aux États-Unis n'ont rien fait pour dissiper cette désagréable impression. La consommation des ménages a plongé de 1% le mois dernier, la chute la plus abrupte depuis septembre 2001. Les ventes de logements neufs sont tombées à leur plus bas niveau en 17 ans. Inutile de compter sur les Américains pour nous maintenir la tête hors de l'eau, ils se débattent pour ne pas se noyer.

Il est tentant de nous laisser bercer par nos propres statistiques de ventes au détail: 1,1% en septembre, la plus belle progression en huit mois. Mais c'est déjà de l'histoire ancienne. Pour savoir ce qui nous attend, il faut arrêter de regarder dans le rétroviseur. Le vrai test, ce sera le temps des Fêtes. Les retraités, qui ont vu leur portefeuille amoché par la crise financière, gâteront-ils moins leurs petits-enfants? Les employés du secteur financier, qui voient leurs primes et leur sécurité d'emploi s'effriter, se montreront-ils plus prudents?

En ces temps économiques difficiles, plusieurs chefs d'État ont pris les devants avec assurance pour montrer qu'ils étaient prêts à faire face à la situation. Le gouvernement Harper, malheureusement, a préféré l'esquive et le déni. Ce n'est pas l'attitude qu'on attend de lui en ces temps incertains.

Nous ne réclamons pas un plan d'action précipité. À déverser des millions sur des secteurs qui n'ont pas démontré de quelle façon ils vont se restructurer, on risque de gaspiller beaucoup d'argent. Mais nous nous attendons à un minimum de réalisme. La situation est moins grave qu'ailleurs? On a compris, M. Flaherty! Ce qu'on veut savoir, c'est si votre gouvernement répondra à l'appel lorsque les effets de la crise commenceront vraiment à se faire sentir ici.

akrol@lapresse.ca