Il n'y a pas beaucoup de fabricants alimentaires plus locaux que Biscuits Leclerc. Pourtant, à compter du janvier prochain, cette entreprise établie depuis plus de 100 ans dans la région de Québec n'aura plus le droit d'écrire «Produit du Canada» sur ses emballages. Ni même simplement «Fabriqué au Canada». Ottawa doit corriger cette aberration au plus vite.

L'intention de départ était pourtant louable. Cela fait plus de 20 ans que l'allégation «Produit du Canada» est galvaudée. Pour l'utiliser, il suffit que 51% du coût total d'un aliment soit encouru ici. Si les ingrédients principaux sont importés, mais coûtent moins cher que l'emballage ou la manipulation en usine, le produit peut s'afficher local. C'est ainsi que des oranges (en jus ou en marmelade) et des olives (marinées ou en tapenade) sont miraculeusement devenues canadiennes, au mépris de la géographie, du climat et du bon sens. C'est encore pire quand les denrées importées (cornichons d'Inde, jus de pomme de Chine) concurrencent les récoltes locales.

 

Tout cela va changer en janvier 2009, nous dit le gouvernement Harper. On aimerait le féliciter, mais ses nouvelles normes sont vraiment exagérées.

Après des années de laxisme, Ottawa a envoyé le balancier à l'autre extrémité. Le critère d'utilisation pour le terme «Produit du Canada» n'est plus 51% de la valeur de l'aliment, mais 98% de ses ingrédients. Il suffit d'un peu de sucre, de café, de chocolat ou d'huile d'olive pour le disqualifier. Exit le jambon prélevé sur la fesse d'un porc né, abattu et transformé au Québec (trop de saumure), les bleuets des Pères trappistes (trop de chocolat) et toutes les confitures de petits fruits (trop de sucre).

Ça ne serait pas si grave si les manufacturiers pouvaient inscrire «Fabriqué au Canada». Mais non! Celui qui veut utiliser cette allégation doit obligatoirement ajouter «à partir d'ingrédients canadiens et importés» ou «à partir d'ingrédients importés». Un charabia qui n'apprend pas grand-chose au consommateur, et que beaucoup d'entreprises renonceront à utiliser pour ne pas encombrer leurs emballages.

L'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) se défend en disant qu'il s'agit d'une mention facultative. Les fabricants qui ne veulent ou ne peuvent l'employer n'ont qu'à s'en passer. Un raisonnement absurde qui produira l'effet inverse de celui recherché. Si les entreprises cessent d'indiquer le caractère local des aliments, il deviendra impossible, dans bien des cas, de les distinguer des importations. Belle façon d'aider le consommateur! Même les agriculteurs sont inquiets: pourquoi nos usines s'approvisionneraient-elles localement si elles ne peuvent pas le faire savoir?

Il est urgent de rectifier le tir. L'ACIA doit permettre aux manufacturiers qui achètent et créent de l'emploi localement d'utiliser le terme «Fabriqué au Canada» sans l'alourdir de mentions oiseuses. Chez nous, aucune confiture ne contient assez d'ingrédients locaux pour arborer le logo «Aliments du Québec» - à cause de la teneur en sucre. Mais si elles satisfont certains critères, elles peuvent porter la mention «Aliments préparés au Québec». Qu'attend Ottawa pour offrir une solution équivalente?

akrol@lapresse.ca