Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a finalement rejeté la coûteuse demande des télés généralistes, qui réclamaient des redevances comme en reçoivent les chaînes spécialisées.

C'est une bonne nouvelle pour les abonnés au câble et au satellite, qui auraient vu leur facture exploser. Sans oublier qu'une position contraire aurait injustement favorisé les groupes médiatiques qui exploitent des réseaux de télé, en leur apportant des revenus auxquels les autres n'ont pas accès.

La décision rendue hier par le CRTC devrait avoir un impact positif pour les abonnés au câble et à la télédistribution par satellite - autrement dit, la grande majorité des foyers canadiens. Elle devrait, à terme, leur offrir plus de possibilités, autant dans la diversité des chaînes que dans les choix qu'ils peuvent faire parmi celles-ci.

Le Conseil considère par exemple que les chaînes de nouvelles générales et de sport existantes (RDI, LCN, RDS, etc.) sont assez solides pour affronter de nouveaux concurrents. Il est donc prêt à accorder de nouvelles licences, ce qui donnera plus de choix aux téléspectateurs. La même ouverture pourra se manifester pour d'autres types de chaînes, comme la musique, lorsque les aspirants diffuseurs pourront démontrer que les acteurs existants sont assez bien établis.

L'organisme de réglementation a aussi enlevé beaucoup de contraintes dans l'assemblage des fameux bouquets, ces assortiments de chaînes spécialisées que les abonnés peuvent ajouter à leur forfait de base. Les distributeurs comme Vidéotron ou ExpressVu ne seront plus obligés d'inclure au moins 50% de chaînes canadiennes dans chaque assortiment - une obligation qui irritait beaucoup les amateurs de chaînes étrangères.

La règle du 50% s'appliquera plutôt à l'ensemble des chaînes reçues par le client. Comme le forfait de base qui leur est imposé avec tout abonnement (Radio-Canada, CBC, TVA, CTV, APTN, etc.) est déjà entièrement constitué de chaînes canadiennes, les distributeurs auront beaucoup de latitude dans la composition des forfaits. C'est à eux que les abonnés devront se plaindre si on ne leur offre pas ce qu'ils recherchent.

Les chaînes payantes et spécialisées auront aussi plus de flexibilité dans leur programmation ce qui, encore une fois, devrait profiter aux téléspectateurs. Les chaînes ont tout intérêt à utiliser cette marge de manoeuvre pour bonifier leur grille, afin de fidéliser leur public et de l'accroître. Car chaque fois qu'un abonné renonce à une chaîne spécialisée, il ne réduit pas seulement l'auditoire qu'elle peut vendre aux annonceurs. Il la prive automatiquement d'une redevance mensuelle.

Évidemment, cette décision ne fera pas que des heureux. En fait, toutes les parties concernées y trouveront probablement à redire. Les généralistes seront déçus de ne pas avoir de redevances, encore plus s'ils exploitent aussi des chaînes spécialisées de nouvelles. La plupart des chaînes spécialisées vont trouver encore plus difficile de négocier avec les distributeurs. Les abonnés, eux, vont continuer à se plaindre du prix à payer pour regarder tous les canaux qui les intéressent.

Le rôle du CRTC n'est pas de faire des heureux, mais de veiller à l'équilibre de cet écosystème complexe qu'est la télédiffusion canadienne - incluant tous ceux qui vivent de la production d'émissions. Les Canadiens ont accès à bien d'autres loisirs que la télé. Si les distributeurs n'ont pas la flexibilité nécessaire pour leur proposer un menu attrayant, ils vont se désabonner en masse. Personne dans l'industrie n'en ressortirait gagnant.

akrol@lapresse.ca