Cédant aux demandes répétées de la population, Québec s'est engagé l'an dernier à éliminer la malbouffe des écoles, en particulier dans les cafétérias scolaires. Enfin! avons-nous pensé. Nous étions loin de nous douter que cette initiative donnerait lieu à de tels excès de zèle.

Au contraire, il y avait plutôt lieu de craindre que la mesure ne soit pas assez contraignante. Québec, on s'en souviendra, a choisi de présenter une politique-cadre plutôt qu'un règlement. À la limite, les établissements auraient pu l'ignorer, ou s'y conformer à moitié. Certains sont plutôt tombés dans l'excès contraire. Les aliments sans valeur nutritionnelle, qui étaient autrefois offerts de façon beaucoup trop libérale aux enfants, sont aujourd'hui diabolisés. C'est ainsi que les sucreries, jadis interdites durant le carême, sont maintenant bannies à l'année dans plusieurs écoles. Même les bonbons que les enfants reçoivent à l'Halloween.

Ce n'est pas seulement ridicule et excessif. C'est une approche malsaine de l'alimentation. Il n'y a pas un enfant qui va devenir gros en mangeant des bonbons dans les jours qui suivent l'Halloween. S'il en prend l'habitude tous les autres jours de l'année, plusieurs fois par jour, c'est possible. L'aider à faire la distinction fait partie de l'éducation.

Dans sa politique-cadre, Québec identifie trois catégories d'aliments que les écoles devraient arrêter d'offrir: la friture, les boissons sucrées et les produits dans lesquels le sucre apparaît en premier sur la liste des ingrédients. Les commissions scolaires doivent en tenir compte dans leur politique locale. Plusieurs font cependant exception pour quelques fêtes comme l'Halloween, Noël ou Pâques. D'autres ont décidé de respecter la consigne à la lettre en demandant aux écoles de ne jamais proposer de calories vides. À l'Halloween, par exemple, on demande aux profs de ne pas donner de bonbons aux jeunes. Ces deux interprétations se valent, l'école est cohérente avec son rôle de modèle.

Par contre, on va trop loin lorsqu'on interdit aux élèves d'apporter leurs bonbons après l'Halloween. Les établissements qui ont émis cette directive étaient bien intentionnés, mais ils ont créé un monstre. Cessons de nous conter des peurs. Les bonbons, contrairement aux drogues ou aux armes blanches, ne sont pas dangereux en soi. C'est mentir aux enfants que de prétendre le contraire.

Heureusement, des écoles ont trouvé une façon plus intelligente de canaliser les surplus de bonbons. Elles demandent aux jeunes de les donner à des organismes qui préparent des paniers de Noël. Et pas seulement les bonbons qu'ils n'aiment pas! Une belle façon de passer un double message éducatif de modération et de partage.