En décembre 2001, le président Bush a sommé les Américains «d'aller magasiner davantage» pour soutenir l'économie. Un appel patriotique inimaginable aujourd'hui. Les Américains n'ont plus un rond et surtout, plus personne ne veut leur prêter. Ce resserrement du crédit, qui se fera sentir ici aussi, risque de bouleverser notre rapport à la consommation.

«Les nouveaux temps durs», titre le magazine Time en une cette semaine. «Le nouvel âge de la frugalité», renchérit le Business Week. Pendant que Washington essaie de rompre l'embâcle du crédit sur les marchés financiers, les Américains en découvrent les effets au quotidien. Emprunter est devenu plus difficile et coûte plus cher. Et les offres de cartes de crédit ont cessé d'affluer dans la boîte à lettres.

 

Le Canada, on le sait, est en meilleure posture économique. Des banques saines, peu d'hypothèques à haut risque, un marché de l'emploi encore solide. L'endettement, toutefois, pèse lourd sur le bilan des ménages. Même en faisant abstraction de l'hypothèque, souvent considérée comme un moyen d'investir. À la fin des années 70, les dettes de consommation (cartes de crédit, prêt auto, meubles à tempérament, etc.) représentaient environ 10% du revenu disponible. Aujourd'hui, c'est plus de 40%. Si les ventes au détail ont pu augmenter de 80% depuis 10 ans, c'est surtout grâce au crédit. Mais ce crédit facile, offert à taux dérisoire et sans égard à la cote de solvabilité, est un bonbon qui disparaît rapidement des tablettes. Et qu'on ne reverra pas de sitôt.

Encore récemment, on pouvait acheter une maison sans mise de fonds et l'amortir sur 40 ans. Ottawa a mis un terme à cette aberration cette semaine en exigeant, pour qu'un prêt soit assuré par la SCHL, 5% au comptant et un amortissement maximal de 35 ans. On aurait pu donner un tour de vis de plus. Le laxisme hypothécaire, contrairement à ce que certains aiment croire, n'est pas une mesure de justice sociale. C'est une pratique dangereuse qui dope le marché immobilier en y attirant des consommateurs qui ne sont pas prêts à y entrer. Et comme on l'a vu aux États-Unis, ça ne rend service à personne. Pas plus aux acheteurs qu'aux banques, aux autres propriétaires ou aux municipalités.

La raréfaction du crédit se fera de toutes sortes de façons. Des émetteurs de cartes ont déjà monté leurs taux en douce et les consommateurs vont avoir plus de difficulté à obtenir des prêts pour financer leur train de vie. Les banquiers deviennent frileux à l'approche d'une récession. Les clients peu endettés qui ont une bonne cote de solvabilité et un emploi stable ne devraient pas en souffrir, mais les autres se feront poser plus de questions. Et comme le crédit se resserre aussi pour les marchands, le financement sans intérêt de longue durée va devenir une rareté, s'il ne disparaît pas complètement.

Se priver d'un voyage ou d'un gadget électronique parce qu'on n'a pas l'argent pour le payer était vu, jusqu'à tout récemment, comme une bizarrerie d'un autre âge. Comme économiser l'énergie ou utiliser des matériaux recyclés il y cinq ans. Depuis, vivre vert est devenu un summum de «branchitude». Vivre selon ses moyens pourrait bien devenir le prochain courant à la mode. En tout cas, c'est à souhaiter. Nous en dormirions tous mieux.