En moins de deux ans, la Régie de l'assurance-maladie du Québec a enquêté sur huit sociétés oeuvrant dans le secteur de la médecine privée. Certaines pratiques sont illégales, a tranché la RAMQ. La vente de forfaits annuels, par exemple, vient d'être dénoncée. Il faut toutefois s'attendre à voir apparaître d'autres concepts discutables, car le phénomène n'est qu'une nouvelle manifestation du même vieux problème: la pénurie de médecins.

Ce n'est pas un hasard si la moitié des cas examinés par la RAMQ étaient reliés à l'accès aux omnipraticiens. Lorsque vous n'arrivez même pas à rencontrer un praticien de première ligne, vous vous sentez totalement exclu du système. Certains patients sont donc prêts à accepter des conditions très coûteuses pour pouvoir mettre un pied dans la porte.

 

La situation ne semble pas près de s'améliorer, malgré l'augmentation du nombre d'admissions dans les facultés de médecine. La Fédération des omnipraticiens (FMOQ) a actionné la sonnette d'alarme cette semaine: la pratique familiale n'a plus la cote auprès des jeunes. Cette année, 17% des postes offerts dans ce domaine sont restés vacants au Québec, contre seulement 3% dans les spécialités. Seulement 45% des résidants devraient faire ce choix l'an prochain, alors qu'il en faudrait 50% selon la Fédération.

La dévalorisation du rôle de médecin de famille est inquiétante. On l'a vu avec les infirmières. Quand la relève commence à fuir un secteur de la santé, la pente devient très difficile de remonter.

Comment rendre la profession plus attrayante? La FMOQ vient de présenter une quinzaine de recommandations. Certaines sont difficilement applicables à court terme, mais plusieurs méritent qu'on s'y arrête.

Que l'université fasse une meilleure place à la médecine familiale ne nuirait pas. Améliorer l'accès aux spécialistes et aux appareils diagnostiques serait aussi une bonne idée. Un omnipraticien qui n'arrive pas à référer ses patients est comme un chirurgien qui ne peut pas opérer: il se sent frustré parce que le système l'empêche d'offrir des soins adéquats. Faciliter la constitution de groupes de médecine familiale (GMF) est une autre mesure qui profiterait à la fois aux médecins et aux patients.

Revoir la rémunération à la hausse, comme le demande le syndicat des omnipraticiens, risque cependant de ne pas donner les résultats escomptés. C'est ce que le comité des comptes publics a constaté au Royaume-Uni. En 2004, le gouvernement a conclu une entente permettant aux omnis d'augmenter leur rémunération à condition de satisfaire à certains critères de performance. Le bilan des deux à trois premières années n'est pas convaincant. Le nombre de médecins a augmenté et certains aspects des soins se sont améliorés. Mais la productivité a diminué, tout comme les heures travaillées. Et dans les régions les plus mal desservies, l'accès n'est pas meilleur. Par contre, les médecins qui sont associés dans la propriété d'un cabinet ont quand même réussi à accroître leurs revenus de 58% en moyenne! Selon la British Medical Association, la situation s'est améliorée depuis cette évaluation. Les omnis accomplissent davantage de tâches... et les revenus qu'ils tirent de leur pratique ont cessé d'augmenter.

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