On ne sait pas encore comment Maple Leaf a pu mettre en marché de la viande contaminée. Pour Stéphane Dion et Stephen Harper, toutefois, l'affaire est entendue: la listériose est un problème politique. Une vision réductrice qui n'améliore en rien la protection du public.

La récupération de la crise est inévitable. Mais est-ce trop demander de faire preuve d'un peu de rigueur? Au moins 13 personnes sont mortes, des dizaines d'autres ont eu la frousse de leur vie. La listériose, pour elles, ce n'est pas de la rhétorique. Pour les milliers de Canadiens inquiets de ce qu'ils mangent non plus.

Stephen Harper a annoncé mercredi une enquête publique indépendante sur la responsabilité du gouvernement. La décision aurait dû être prise plus tôt, mais c'est la bonne.

L'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA) a changé se façon de surveiller la transformation des viandes au printemps, il est important de vérifier si ses nouvelles méthodes l'ont empêchée de voir ce qui clochait chez Maple Leaf. Mais pourquoi ne pas confier ce mandat à un spécialiste tout de suite? Il faut attendre que la crise soit passée, qu'il n'y ait plus d'autres cas, nous dit-on au bureau du premier ministre.

On ne pourra pas tirer de conclusions avant d'avoir tous les morceaux du puzzle, c'est vrai. Par contre, rien n'empêche un expert de se mettre au boulot immédiatement. Au contraire, il pourrait observer la situation de visu, au lieu de se limiter aux témoignages et aux documents qui lui seront fournis après coup. En faisant passer cette enquête publique après sa campagne électorale, Stephen Harper confirme que c'est l'apparence de fermeté, bien plus que les résultats, qui l'intéressent dans cette histoire. C'est assez lamentable.

Les libéraux de Stéphane Dion ne donnent pas dans la nuance non plus. Allusions à Walkerton, accusations de vouloir privatiser l'inspection des aliments et d'avoir changé le système à l'insu des Canadiens… Ça volait bas en conférence de presse jeudi.

Qu'on réclame la tête du ministre de l'Agriculture, passe encore. Ça fait partie du folklore politique et Gerry Ritz, de toute façon, s'est très mal défendu dans ce dossier. Mais qu'on établisse un lien entre les changements aux méthodes d'inspection de l'ACIA et les morts de la listériose? Un instant. Tant qu'on ne saura pas ce qui s'est passé dans l'usine 97B, on pourra dire n'importe quoi là-dessus et ça ne sera que ça: n'importe quoi.

Prétendre que les changements au système d'inspection sont un produit de l'idéologie conservatrice, c'est aussi n'importe quoi. Le système de vérification de la conformité que l'ACIA utilise depuis le printemps est un élément clé de la Réforme de l'inspection de la viande, une initiative fédérale qui remonte à 2005.

C'est aussi en 2005 que l'ACIA a imposé aux transformateurs de viande qu'elle inspecte la fameuse norme HACCP – qui les oblige à faire de nombreux contrôles eux-mêmes. Les conservateurs, rappelons-le, n'étaient pas encore au pouvoir...

Que les inspecteurs de l'Agence passent plus de temps à vérifier les contrôles des fabricants, ce n'est pas problématique en soi. Ça le devient si cette façon de travailler les empêche de constater des pratiques douteuses en usine. Seule une enquête sérieuse, exempte d'intérêts partisans, pourra nous le dire.