Ouvrons le dictionnaire et arrêtons-nous à la définition du mot otage. « Personne dont on s'empare et qu'on utilise comme moyen de pression contre quelqu'un, un État, pour l'amener à céder à des exigences. »

Réfléchissons maintenant aux Canadiens qui ont été mis derrière les barreaux en Chine ces dernières semaines après l'arrestation, à Vancouver, d'une dirigeante de l'entreprise Huawei, Meng Wanzhou. Les autorités chinoises refuseront, de toute évidence, d'admettre qu'il s'agit d'otages. Pourtant, il est désormais évident que ce mot est approprié pour aux moins deux des trois citoyens du Canada qui croupissent en prison.

Et ce qui est encore plus évident, c'est qu'ils doivent être libérés sans condition.

Prendre en otage des citoyens d'un pays qui est non seulement un allié stratégique, mais aussi un ami (qui a une longue tradition de collaboration avec la Chine) est un affront sidérant.

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Ces mesures de représailles sont d'autant plus déraisonnables que le Canada laisse simplement la justice suivre son cours dans l'affaire mettant en cause Meng Wanzhou. Si la Chine veut punir quelqu'un, elle devrait avoir le courage de s'en prendre aux États-Unis.

Le Canada n'a pas à faire les frais du bras de fer actuel entre Pékin et Washington. C'est aussi injustifié qu'injustifiable.

Rappelons que si Meng Wanzhou a été arrêtée à Vancouver, c'est à la demande des autorités américaines. Elles soutiennent que la dirigeante de Huawei a menti au sujet des liens qu'entretient son entreprise avec une entreprise de Hong Kong qu'on accuse d'avoir contourné les sanctions américaines contre l'Iran.

Comme il existe un accord d'extradition entre les États-Unis et le Canada, le processus judiciaire s'est mis en branle et il doit suivre son cours. Notons d'ailleurs que Meng Wanzhou a été libérée sous caution la semaine dernière.

Le Canada est une démocratie où prévaut l'État de droit. Les autorités chinoises le savent très bien.

La Chine dit soupçonner les Canadiens Michael Kovrig et Michael Spavor d'avoir « mené des activités qui menacent la sécurité nationale de la Chine ». Mais ils sont en prison parce que le Canada a fait un geste apolitique, que la Chine juge répréhensible.

Pour comble d'insulte, on a appris au cours des dernières heures qu'au moins un des deux détenus, Michael Kovrig, est soumis à des conditions de détention inacceptables. On l'interroge plusieurs fois par jour, on l'empêche d'éteindre la lumière la nuit et il n'a pas encore eu accès à ses avocats même s'il a été arrêté il y a tout près de deux semaines.

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« Personne ne peut dicter au peuple chinois ce qu'il doit faire ou ne pas faire », a déclaré cette semaine le président chinois Xi Jinping lors d'un important discours visant à commémorer les 40 ans des réformes économiques lancées par Deng Xiaoping.

Loin de nous l'idée de faire la leçon aux autorités chinoises. Il s'agit plutôt de poser la question : dans cette affaire, pourquoi la Chine tente-t-elle de dicter aux Canadiens ce qu'ils devraient faire ou ne pas faire ? Car ce sont les autorités chinoises qui tentent de faire la leçon au Canada. C'est incontestable. Et c'est indéfendable.

Cette attitude belliqueuse doit cesser.

Amis Chinois, relâchez ces otages !

Accusés d'avoir menacé « la sécurité nationale de la Chine »

Michael Kovrig

Originaire de Toronto et résidant à Hong Kong, Michael Kovrig travaillait comme conseiller principal pour l'Asie du Nord-Est auprès de l'International Crisis Group, groupe de réflexion établi à Bruxelles et spécialisé dans les affaires mondiales. Il avait précédemment occupé divers postes en tant que diplomate canadien, notamment au consulat général à Hong Kong, où il a aidé à organiser une visite du premier ministre Justin Trudeau en 2016, mais il a pris un congé non payé depuis près de deux ans et n'a plus de passeport diplomatique ni l'immunité que cela lui conférait.

Michael Spavor

Michael Spavor, établi en Chine, est connu pour ses contacts avec de hauts responsables nord-coréens, dont le dictateur Kim Jong-un. Il a également joué un rôle clé dans la venue de Dennis Rodman, ex-joueur de la NBA, en Corée du Nord en 2013. En 2015, M. Spavor a fondé Paektu Cultural Exchange, une organisation non gouvernementale qui cherche à faciliter les échanges sportifs, culturels, touristiques et commerciaux avec la Corée du Nord. Il parle couramment coréen et compte 16 années d'expérience professionnelle en Asie de l'Est.

- D'après La Presse canadienne

PHOTO ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Michael Spavor en mars 2017

Photo Archives Reuters 

Michael Kovrig