La peur est mauvaise conseillère. Dans le dossier de la gratuité scolaire, la chose la plus sage à faire pour l'instant, c'est de cesser de paniquer. Respirons par le nez.

On a appris il y a quelques jours que plusieurs écoles ont commencé à annuler des sorties culturelles qui étaient à l'horaire de la prochaine année scolaire. C'est une aberration. Les esprits se sont échauffés. Il faut maintenant faire baisser la pression.

L'inquiétude actuelle découle d'une directive émise par le ministère de l'Éducation au début du mois sur les frais exigés aux parents. Il est vrai que ce document comporte encore des zones grises. En revanche, les craintes qui se manifestent actuellement sont surtout le résultat d'une mauvaise interprétation de ce texte.

Le Ministère aurait dû fournir des explications plus claires et les diffuser plus rapidement à travers le réseau. En l'absence d'une marche à suivre limpide, les incertitudes ont poussé plusieurs écoles et commissions scolaires à adopter une attitude de repli.

On peut les comprendre. Les commissions scolaires ont été échaudées après avoir appris qu'elles vont vraisemblablement devoir rembourser 153 millions aux parents à la suite d'un recours collectif. Le litige concernait la gratuité des services éducatifs. On alléguait qu'elle n'était pas respectée dans l'ensemble du Québec.

Certaines écoles allaient trop loin, c'est incontestable. Mais n'oublions pas que les seuls véritables gagnants de cette action en justice sont les avocats des deux parties. Les sommes promises aux parents sortiront forcément des poches des contribuables québécois.

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Tentons de clarifier un brin la situation. Un nécessaire travail de vulgarisation a été fait, en ce sens, par l'Association des directions générales des commissions scolaires. Elle explique notamment que les sorties éducatives qui ne sont pas liées au programme d'études pourront encore être facturées aux parents. Tout comme, entre autres, les activités parascolaires, la surveillance des élèves à l'heure du midi et le matériel scolaire personnel.

Tout n'est pas gratuit. C'est parfaitement normal. Il faut que ça se sache. Même la Fédération des comités de parents du Québec le reconnaît. « Je le dis depuis longtemps : les parents ne s'attendent pas à ce que tout soit gratuit. Ils s'attendent à ce qu'il n'y ait pas d'exagération », nous a dit hier la présidente, Corinne Payne.

Des excès, il y en aura certainement moins dorénavant. Les parents devraient voir diminuer la facture qu'ils recevront à la rentrée. Redoutons plutôt un éventuel nivellement par le bas.

Par exemple, selon la Loi sur l'instruction publique, les instruments de musique doivent être offerts par les écoles. Est-ce que ça veut dire que certaines laisseront tomber les cours de flûte plutôt que d'investir pour en acheter ?

Quant aux sorties éducatives liées à ce qu'on enseigne, le Ministère dit qu'il bonifiera les sommes allouées aux écoles pour leur permettre de les offrir gratuitement. Mais est-ce que ce sera suffisant pour tous les établissements et tous les enseignants ? Cet enseignant génial qui multipliait jadis les sorties au théâtre et au musée devra-t-il revoir ses ambitions à la baisse ? Ce serait tragique !

À l'inverse, qu'en est-il des programmes particuliers pour lesquels il est encore permis d'exiger des frais ? Ne devraient-ils pas être offerts gratuitement à tous les élèves ?

Toutes ces questions démontrent deux choses. Premièrement, les zones grises sont encore trop nombreuses. Deuxièmement, un débat substantiel sera nécessaire pour y répondre.

Le ministre Sébastien Proulx a dit avoir été forcé de remettre à plus tard ce débat pour ne pas nuire aux commissions scolaires dans le cadre du recours collectif.

Dans quelques mois, une fois la campagne électorale terminée, peu importe qui sera au pouvoir, on espère que l'éducation sera d'emblée une véritable priorité. Et on espère aussi qu'une consultation sérieuse sur la gratuité se retrouvera au menu des enjeux à aborder de front dès l'automne.